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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 20:28

«J’ai vécu cette horreur et je consacrerai ma vie à la lutte contre la peine de mort»


12 juin 2013 | Par La rédaction d'infoLibre

« Jusqu’à ma condamnation, je croyais au système. Mais quand je suis entré dans le couloir de la mort et que je me suis retrouvé avec des innocents, je me suis dit que le système ne marchait pas. » Celui qui prononce ces mots s’appelle Joaquín Martínez, le premier Européen qui a réussi à sortir de ce couloir de la mort aux États-Unis. Douze ans se sont écoulés depuis, mais il souffre toujours des séquelles des mauvais traitements psychologiques permanents auxquels il a été soumis, dit-il, durant ses trois ans d’enfermement. Par exemple : pas de vêtements orange à la maison, ils ressemblent trop à ceux qu’ils portaient en attendant une exécution finalement annulée.

« Moi je vivais le rêve américain aux États-Unis, la vie d’un enfant gâté. Jusqu’à ma condamnation. J’ai vu qu’ils me cherchaient, qu’ils voulaient un bouc émissaire et que ça prenait un tour beaucoup plus sérieux que ce que j’imaginais », a-t-il raconté. « La nourriture et les mauvais traitements étaient terribles mais le pire était le côté psychologique : ils nous mesuraient la tête pour vérifier qu’elle rentrait dans la capuche, ils nous obligeaient à nous raser les chevilles pour être sûrs que les électrodes de la chaise électrique fonctionneraient. » Après des années de bataille judiciaire, la famille de Joaquín Martínez a obtenu la révision du procès et il est devenu évident que les garanties minimales n’avaient pas été respectées et que les preuves présentées avaient été manipulées.

Le témoignage de Martínez est l’un de ceux qui ont émaillé la présentation, le 5 juin, du cinquième congrès mondial contre la peine de mort, qui a lieu du 12 au 15 juin à Madrid. Organisé par Ensemble contre la peine de mort (ECPM), ce congrès triennal veut dénoncer cette justice qui tue et élaborer des stratégies communes pour obtenir l’abolition universelle. Au cours d’une conférence de presse, le directeur de l’ECPM, Raphaël Chenuil-Hazan, a rappelé qu’aujourd’hui encore, la peine de mort est appliquée dans 58 pays et qu’elle figure dans la législation de 93 pays.

Parmi les pays qui pratiquent ces exécutions figurent les États-Unis, l’Inde, la Chine et un grand nombre de pays musulmans où, selon Ariane Grésillon, directrice adjointe de l’ECPM, « le facteur religieux pèse beaucoup ». Les pays appliquant la peine capitale sont des régimes autoritaires ou avec une opinion publique qui ne fait pas pression pour l’abolition, assure-t-elle. « Aux États-Unis, par exemple, la défense de la peine de mort reste populaire. La population est obsédée par le thème de la sécurité », ajoute-t-elle.

À la présentation du congrès figurait également Cándido Ibar, père de Pablo Ibar, un citoyen espagnol enfermé depuis dix-sept ans dans le couloir de la mort. Ibar demande un nouveau procès pour son fils et « plus d’efforts » aux hommes politiques, aux organisations sociales et aux médias pour le sauver, « avant qu’il ne soit trop tard ». « Le soutien de la famille est fondamental et pouvoir parler dans les médias est l’unique façon de faire bouger les choses », a ajouté Martínez.

Selon Chenuil-Hazan, 1 500 personnes vont se réunir à Madrid : des politiques, des ONG et des représentants de la société civile, ainsi que ceux de plus de 90 pays. Le congrès est le plus grand événement international sur la peine capitale et cette cinquième édition est soutenue par l’Espagne, la Norvège, la Suisse et la France. Parmi ses objectifs : que de plus en plus de pays signent le moratoire sur les exécutions lancé tous les deux ans par l’ONU, faire pression au niveau mondial pour obtenir l’abolition et en faire prendre conscience à la société.

« Ceux qui croient aux droits de l’homme doivent se mobiliser dans les campagnes contre la peine de mort. Si on n’en fait pas plus, des personnes comme Pablo Ibar vont mourir et je sais que nous n’allons pas permettre cela », a dit Martínez. « J’ai vécu cette horreur et je consacrerai ma vie à la lutte contre la peine de mort. L’espoir existe », a conclu Ahmed Hanu, condamné pour raisons politiques, qui a finalement réussi à échapper à la peine capitale.

Ibon Uría, redacción de infoLibre

Article original : “Nos hacían afeitarnos los tobillos para asegurarse de que los electrodos de la silla eléctrica iban a funcionar”

Version française : Laurence Rizet

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