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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 20:24

~~ Intermittents et précaires, invités surprises des services de l’État Nicolas Dutent

Dimanche, 15 Juin, 2014 Dans la journée de vendredi, plusieurs directions régionales du Ministère du Travail (Direccte) ont été occupées en France par un mouvement unitaire (CIP, CGT, Sud…) d’intermittents, de chômeurs et de précaires opposés à la nouvelle convention Unedic. Reportage à Aubervilliers.

Il est 8h30, les premiers voyageurs s'acheminent vers le parvis de la Gare de l'Est encore épargné par le tumulte. Le lieu du rassemblement a été tenu secret jusqu'à la veille, pour détourner l'attention des agents des renseignements généraux (RG) et assurer le succès de l'action coup de poing qui se fomente. Les dernières cigarettes se consument et le soleil commence à embraser les lieux.

Plusieurs petits groupes éparses, constitués de précaires et d'intermittents, s'engouffrent frénétiquement dans le métro. Boris, notre référant, nous adresse un signe discret et net qui ordonne d'accélérer la cadence. « Il n'y a pas de droit du travail sans droit au chômage, le chômage n'est pas l'inverse du travail mais un des moments du travail qui doit être rémunéré. C'est le modèle allemand du plein emploi précaire qui se profile, chacun est renvoyé à soi même dans la lutte pour l'emploi : le chômage est devenu le laboratoire de l'individualisation du rapport salarial » explique-t-il de manière saccadée, à peine embarqué dans le wagon, dans un mélange d’entrain et de consternation. A quelques pas de là, ses complices débattent du contenu d'un tract prêt à être diffusé.

9h30. Plusieurs poignées de précaires s'échappent de la bouche du métro et atterrissent devant la Poste de la Porte de la Chapelle, déjà investie par les usagers. En rangs serrés, la cinquantaine de militants, la plupart engagés au sein de la Coordination des Intermittents et précaires (CIP), se dirige à vive allure vers la Porte d'Aubervilliers. Ils longent le centre commercial le Millénaire, temple de la consommation confiné à la périphérie.

10h. Des intermittents déjà sur place ouvrent grandes les portes de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) d'Ile-de-France. C'est officiel, le lieu est occupé. « Nous, chômeurs, précaires, intermittents, intérimaires, cheminots, étudiants, avec ou sans papiers occupons ce jour la Direccte. Cette institution n'est autre que le représentant déconcentré au niveau régional du Ministère du travail et de celui de l'Industrie. Si l'accord Unédic du 22 mars contre lequel nous nous battons était agréé, les agents de ces services devront faire face dans leurs missions concrètes et quotidiennes aux conséquences dramatiques de cet accord » tonne, dans le hall d'entrée,

Laura P., une des instigatrices de la mobilisation. Avant d'ajouter, sous le regard d'une responsable fébrile : « Précarisation de l'emploi, travail dissimulé, dégradation des conditions de travail... Tout cela alors que ces services sont déjà débordés, fragilisés par les restructurations constantes et n'ont pas les moyens réels pour mettre en œuvre les soi disant politiques d'Etat contre la précarité ». Le ton est donné. Après quelques évitements, les militants se dispersent dans les étages et font le tour des bureaux pour inviter les salariés à une assemblée générale. « La convention Unédic va affecter vos conditions de travail, ce n'est pas qu'un problème d'intermittents ! », « On est pas des privilégiés, notre régime répond à la discontinuité de nos emplois, on a choisi un métier, pas des pratiques », « Savez vous que la plupart des intermittents perçoivent des retraites de misère ? », « Vous défendez le travail ? Nous aussi ! »... les mots d'ordre fusent et contrebalancent la campagne de désinformation orchestrée par le patronat sur ce sujet brûlant. « Bon courage ! » lâche une secrétaire croisée dans l'ascenseur.

Rapidement, les militants épuisent leurs stocks de tracts et font chauffer les imprimantes pour se réapprovisionner. Des syndicalistes de la CGT Spectacle échangent avec le responsable de l'Unité territoriale de Paris qui affiche une moue dubitative. Des intermittents interrompent une réunion de travail de cadres tirés à quatre épingles et hagards. Les salariés les plus proches du terrain leur réservent un accueil favorable.

11h. Au 7e et dernier étage du bâtiment, écrin de lumière qui offre une vue à 360° sur Paris et Saint-Denis, l'AG s'engage dans l'auditorium. Si peu d'agents ont finalement répondu présents - beaucoup étant retenu par des impératifs professionnels - les visiteurs d'un jour sont reçus longuement par le directeur régional de la Direccte, armé de son bras droit qui soigne sa prise de note. « Savez-vous que parmi les syndicats signataires de l’accord d’assurance-chômage, la CFDT, par exemple, représente moins de 2% de la profession ? » engage un intermittent. « Savez-vous que François Rebsamen, lorsqu’il n’était pas encore ministre du Travail, était d’accord avec les propositions alternatives du Comité de suivi ? » reprend une autre. « Savez-vous où ce sont tenues les négociations Unédic ?

Au siège du Medef, sur des textes du Medef. Cet accord est basé sur des bruits de couloirs et n’est en aucun cas un vrai tour de table ! Pire c’est Michel de Virville, un des nos sages sulfureux, qui compte pour nous » dénoncent de concert plusieurs militants, raillant l’absence de « démocratie » et de transparence qui ont jalonné ces négociations. Après une série d'interpellations, un échange plus concret prend forme sur les annexes spécifiques de l’assurance-chômage « vidées de leur substance ». « L’allongement du délai de carence et des différés d’indemnisation vont être préjudiciables pour l’ensemble des salariés précaires, dénonce une militante de la CIP, soucieuse de faire la démonstration que le diable se cache dans les détails, pour plus de 70% des intérimaires, l’accord entraînera une baisse de revenus qui atteindra, en moyenne, 200 euros par mois. Tout cela parce qu’une partie de l’intitulé de l’annexe 4 a été supprimé dans la convention que le gouvernement veut agréer.

Il est tout aussi grave et injuste qu’on s’en prenne aux personnes licenciées ». « Pour les intermittents qui réalisent moins de 507h en 319 ou 304 jours pour ouvrir ou reconduire leurs droits, ils rebasculeront dans le régime général et ne pourront plus en sortir, c’est une manière de supprimer à terme les annexes 8 et 10 » renchérit un de ses collègues posté en face d’elle. Si les occupants, qui espéraient une prise de position claire de la hiérarchie, se heurtent sans surprise au « droit de réserve » dégainé par le directeur régional, ce dernier s’engage à alerter le Ministre du Travail sur des aspects précis de leurs revendications. « Vous attirez mon attention sur des conditions pratiques d’application de la convention Unédic. Si je ne peux pas me prononcer sur ce texte qui relève du débat entre les partenaires sociaux, je peux faire remonter l’information des conséquences concrètes des droits rechargeables et du différé d’indemnisation » a-t-il assuré, avant de regagner péniblement son bureau, à l’issue de deux heures d’un débat vif mais plutôt courtois. « Il est préférable que ce soit nous, plutôt que le Front national, qui arrêtions la casse sociale, regardez la détermination, le calme et la légitimité qui nous habitent » lui lance, en guise d’alerte et de conclusion, un intermittent du spectacle.

13h. Après une sortie agitée, une partie des manifestants regagne le rez-de-chaussée placardé de slogans tandis que d’autres continuent d’occuper les couloirs. L’arrivée des forces de l’ordre est imminente. « Il faut mettre en corrélation la politique de l’emploi, le droit du travail et les droits à l’assurance chômage. Nous montrons aujourd’hui que la convergence des luttes est nécessaire pour ne pas fragmenter des problématiques qui sont imbriquées » résume Fanny, comédienne fervente extirpée du bâtiment. Au dessus d’elle, une banderole confectionnée pour l’occasion flotte dans l’air et surplombe l’institution. On peut y lire ce message limpide qui trouve dans ces locaux une résonnance particulière : « Assurance-chômage, contre le patronat, exigeons de nouveaux droits ». -

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