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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 18:23

~~ Sport La Coupe jusqu’à la lie par Olivier Pironet, juin 2014

Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, ancienne gloire brésilienne du football, ambassadeur international de la Coupe du monde 2014 et de la marque Coca-Cola, a récemment jugé « normale » la mort d’un ouvrier sur le chantier du nouveau stade de São Paulo, le 24 mars (1). L’ex-meneur de jeu français Michel Platini, désormais président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), a enjoint aux Brésiliens d’« attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux (2) » alors que perdure un mouvement de contestation lancé en mars 2013 contre les dépenses engagées pour le tournoi au détriment des services sociaux, de la santé et de l’éducation... Ces propos emblématiques témoignent du mépris des représentants du football mondial pour les conséquences de raouts sportifs tels que la Coupe du monde, organisée sous l’égide de la Fédération internationale de football association (FIFA), comme l’explique l’ouvrage collectif La Coupe est pleine ! (3). Déclarée en Suisse en tant qu’association à but non lucratif, la FIFA s’apparente davantage, selon les auteurs, aux « holdings transnationales ou [aux] cabinets d’affaires (...) gé[rant] le capital sportif et sa marchandisation » : 998 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, 52,2 millions de ce que la FIFA même appelle des bénéfices, plus de 1 milliard de réserves financières.

Peu lui importe qu’en Afrique du Sud, hôte de l’édition 2010, la dette extérieure soit « passée de 70 milliards de dollars [50,3 milliards d’euros] (avant la Coupe du monde) à 135 milliards de dollars [97 milliards d’euros] aujourd’hui ». Les surcoûts liés à l’organisation de la compétition atteignent 1 709 % ! Pretoria a réduit de façon drastique les programmes sociaux, alors que 52 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La FIFA, quant à elle, a engrangé 2,7 milliards d’euros pour cette édition. Au Brésil, alors que le budget prévisionnel de fonctionnement programmait 800 millions d’euros de dépenses, essentiellement à la charge du privé selon le gouvernement, les frais dépassent déjà les 2,6 milliards, et l’ardoise sera principalement réglée par le contribuable, comme pour les investissements : « 78 % des dépenses d’infrastructures pour la Coupe du monde de 2014, estimées à 18 milliards de dollars [13 milliards d’euros], sont financées par le secteur public », indique l’ouvrage. Comme en Afrique du Sud, les autorités procèdent à des expulsions et des expropriations massives. Près de deux cent mille personnes ont été déplacées à ce jour. La « pacification » des favelas par la police s’est intensifiée. De janvier à septembre 2011, plus de huit cents personnes ont trouvé la mort dans le cadre des opérations de « nettoyage »... Rien ne semble pour autant détourner la FIFA de sa quête de profits, pas même les vingt-cinq grèves enregistrées au Brésil de février 2011 à avril 2013, ou les mille deux cents ouvriers étrangers morts sur les chantiers du Qatar (hôte de la Coupe en 2022). « En s’alliant avec diverses multinationales,

[la FIFA] nourri[t] un capitalisme prédateur. » Elle impose ses diktats au mépris de la législation nationale : exonération fiscale et de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour l’instance fédérale, ses employés et ses prestataires, délimitation de zones commerciales exclusives contrôlées par une « police des marques », etc. Dans Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond, le philosophe Jean-Claude Michéa fustigeait dès 1998 la destruction progressive de l’esprit fondateur du football, « royaume de la loyauté humaine exercée au grand air » selon Antonio Gramsci. L’ouvrage, réédité en 2010 et qui paraît à nouveau dans une version enrichie (4), pointe l’« intégration suicidaire » du football professionnel au marché, et conclut que « le capitalisme moderne est désormais capable de dénaturer n’importe quelle activité humaine dès lors qu’il s’en empare et lui impose sa logique ». Olivier Pironet

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