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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 13:26

Des ouvriers d'Auto Chassis International, filiale de Renault, lors d'un débrayage au Mans le 5 février dernier

Social-Eco - le 12 Février 2013

Flexibilité

Chez Renault, une compétition déjà très coûteuse humainement

Anticipant sur l’accord du 11 janvier, Renault menace d’imposer réduction d’effectifs et recul des droits sociaux au nom de la compétitivité. Pourtant, déjà, dans les usines, le travail souffre, l’efficacité productive aussi. Enquête.


« En dix-huit ans de maison, je n’avais jamais vu autant de collègues abîmés, de membres atrophiés, de jeunes salariés qui souffrent du canal carpien ou qui doivent se faire opérer du dos, du cou. » Bienvenue chez Renault. Ici, la cure d’amaigrissement opérée par la direction entre 2008 et  2010 aura modifié en profondeur la capacité de production de l’un des fleurons de l’automobile française. Pour le pire, à en croire les représentants du personnel, qui pointent d’énormes gâchis côté humain, comme industriel. « Il y a quelques années, lorsque les équipes arrivaient en phase d’industrialisation, chacun donnait le meilleur de lui-même », se souvient Alain Tailleur, secrétaire général CGT du Technocentre (Guyancourt). « Aujourd’hui, il y a une grande démotivation. Les ingénieurs font ce qu’ils peuvent, mais guère plus. » Ce récent phénomène de désenchantement fait suite à la vague de suicides de 2007 qui continue d’habiter les esprits. « Ce que demandent les collègues de l’ingénierie, comme ici à Guyancourt, c’est que l’on revienne à des méthodes normales de travail. On peut assurer une forme de compétitivité si on se pose et qu’on arrête les petites avancées et les gros reculs. »

Sur le site historique de Flins, la situation est tout aussi préoccupante. Là-bas, salariés et véhicules souffrent de concert. « Depuis des années, les maladies professionnelles sont en croissance permanente », relève Ali Kaya, secrétaire du syndicat CGT. « On compte un nombre conséquent d’inaptitudes temporaires et définitives, mais la direction essaye de décourager les victimes, en les poussant à la démission ou au départ en préretraite. » Le syndicaliste évoque également des cas de « harcèlements » pour lesquels l’inspecteur du travail a été récemment saisi. Les tableaux contenus dans le bilan social 2011 du site de Flins valident en grande partie ses affirmations. Le nombre de « salariés atteints par des affections pathologiques à caractère professionnel » est passé de 23 en 2009 à 34 en 2011, avec un pic de 41 en 2010. Les salariés reclassés dans l’entreprise à la suite d’une inaptitude (provisoire ou définitive) sont au nombre de 582, contre 571 en 2010. « Les chiffres sont stables du fait des départs en retraite mais, concrètement, la direction continue de produire chaque année de nouveaux cas de souffrance physique. »


Sur le parking de l’usine, les conséquences des réductions de personnels flirtent avec la gabegie. En décembre dernier, il y a eu jusqu’à 4 000 véhicules consignés faute de pouvoir répondre aux critères de mise sur le marché. « Pour faire les retouches nécessaires, des collègues sont venus de plusieurs autres sites pendant deux mois, explique Ali. Certains ont même été déplacés des usines turques, tandis que des camions entiers partaient pour Sandouville et Dieppe, faute de places et de main-d’œuvre suffisantes à Flins. Quand on veut lancer un véhicule, comme la Clio 4, en réduisant les effectifs et en misant sur les économies à tout prix, la qualité finale est forcément en chute libre. »


Au Mans, au site qui fabrique des châssis pour plusieurs modèles de la marque au losange, les salariés sont confrontés aux mêmes difficultés. « Dès qu’il y a reprise, par manque de personnel, on a systématiquement recours à l’intérim, confie Richard Germain, secrétaire du syndicat. Du coup, ces salariés sont moins formés et plus exposés aux risques du travail. »


Pour livrer des voitures neuves et en bon état, avant même que ne soit adopté le nouvel accord dit de compétitivité, la direction de Renault est obligée de multiplier les heures supplémentaires, de recourir à la sous-traitance (entre 1 200 et 1 500 bureaux d’étude extérieurs) et d’assurer une production vacillante du fait d’une démotivation généralisée. Un suicide industriel que les syndicats dénoncent depuis plusieurs années. « Quand on lui démontre la nocivité de ses vues à court terme, la direction est obligée d’acquiescer, précise Fabien Gache, coordinateur national CGT du groupe Renault. Mais elle reporte les études à plus tard, parce que nous n’aurions pas une vision macroéconomique suffisamment précise. La vérité, c’est que nous n’avons pas les mêmes intérêts. Pendant que nous parlons efficacité, nos dirigeants, qui n’ont pas vocation à rester dans l’entreprise, s’intéressent à des critères financiers à court terme. » Depuis son bureau d’étude de Guyancourt, Alain Tailleur ne dit pas autre chose : « On a retiré des hommes et des moyens financiers sans réaliser qu’ils étaient utiles à la bonne marche de l’entreprise. La direction générale doit impérativement opérer un changement radical de mentalité, sans quoi… »


Faute d'avancées suffisantes enregistrées, mardi, lors de ce qui se voulait l'ultime séance de négociation visant à la signature d'un accord de compétitivité dans l'entreprise, une nouvelle réunion a été programmée mardi 19 février.

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