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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 21:26

Social-Eco - le 4 Avril 2013

Lutte

Chez ArcelorMittal, la stratégie de l’éche.

Le rapport d’expertise qui doit être rendu au CCE aujourd’hui alerte sur les dangers du transfert d’activité de Basse-Indre vers Florange, ardemment défendu par le gouvernement pour maintenir des emplois.


«Un rapport de plus qui va dans le même sens ! » Pour Philippe Verbeke, délégué central CGT, l’expertise remise par le cabinet Secafi au comité central d’entreprise aujourd’hui, révélée mardi par France-Bleu Loire Océan et que l’Humanité a pu se procurer, va permettre de « remettre l’ouvrage sur le feu ». Au vu des conclusions sévères des experts mandatés par le CCE sur le projet de transfert d’activités du site de Basse-Indre (Loire-Atlantique) vers Florange (Moselle), le dossier ArcelorMittal, que le gouvernement espérait clos, risque fortement de revenir sur le devant de la scène. « De notre point de vue, le projet introduit des contraintes industrielles qui individuellement sont surmontables mais, combinées, risquent fortement de conduire à un échec en regard des objectifs assignés et in fine de se retourner contre la filière dans son ensemble et de réduire à néant les efforts commerciaux en conquête et reconquête de parts de marché », conclut le cabinet dans la synthèse de son rapport.

Schématiquement, le projet de la direction consisterait à faire laminer et décaper les bobines d’acier produites sur le site de Dunkerque à Florange, où celles-ci seraient transformées en brut de tandem, ensuite envoyées à Basse-Indre pour subir une nouvelle transformation.


Un montage aberrant

À l’heure actuelle, Basse-Indre est directement alimenté en bobines d’acier par Dunkerque. En introduisant un nouveau maillon dans la chaîne de production, ce montage industriel ne deviendrait rentable qu’à condition d’enregistrer un volume de commandes de 650 000 tonnes d’acier, contre une charge d’environ 450 000 tonnes aujourd’hui, d’après Philippe Verbeke. Si l’objectif chiffré semble réaliste au vu des perspectives de reprise du marché de l’acier à court terme, la capacité d’ArcelorMittal de répondre à la demande paraît, elle, loin d’être assurée. En effet, pour fournir les volumes exigés, les lignes d’étamage à Basse-Indre et à Florange devraient tourner respectivement à 99 % et 98 % de leur capacité maximale. « Cela veut dire tourner en cinq équipes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept », estime Mickaël Éveillard, secrétaire de la CGT à Basse-Indre. « Nous considérons que ces taux de charge restent trop importants pour absorber la fluctuation de la demande et les risques techniques sur les outils », tranche le rapport.


Un montage d’autant plus aberrant que le cabinet d’expertise envisage une alternative industriellement beaucoup plus sûre : préserver Basse-Indre dans son intégrité en l’alimentant à la fois par des bobines de Dunkerque et de Florange. Si la demande atteint effectivement 650 000 tonnes, cela permettrait même à Florange de rouvrir une ligne d’étamage.


«Une décision politique »

Pour protester contre la mise en œuvre du projet, Dominique Cosset, ex-directeur du site de Basse-Indre, est allé jusqu’à écrire au bras droit de Lakshmi Mittal, Carl de Maré, pour l’alerter sur l’« erreur économique et stratégique » que constituerait la fermeture du laminage et du décapage à Basse-Indre. « Sur le plan économique, c’est, au mieux une opération blanche pour les coûts d’exploitation, et au pire une opération coûteuse, en particulier à cause des investissements nécessaires », écrit par ailleurs l’ex-directeur, accompagné de deux autres cadres dirigeants, à l’attention de la CGT et FO.


Ardemment défendu par le gouvernement comme une disposition censée garantir l’emploi sur le site de Florange, ce projet de transfert d’activité semble tellement voué à l’échec que les syndicats s’interrogent sur les motivations des différents acteurs. « Mittal a dit plusieurs fois que le packaging n’avait pas d’avenir en France : ce qui l’intéresse, ce sont les mines et l’automobile », explique Jean-Marc Vécrin, élu CFDT au CCE, qui soupçonne derrière ce montage un crash prémédité de la filière en France. « Ce transfert est une décision politique pour faire avaler l’arrêt de la filière liquide à Florange », lâche même Philippe Verbeke. De son côté, Aymeric Seassau, responsable du PCF en Loire-Atlantique, conseiller régional des Pays de Loire, demande « une réunion rapide de l’ensemble des élus concernés par les sites Arcelor en présence des syndicats pour mettre en oeuvre un projet industriel alternatif ».

 

Journée d’action européenne dans l’acier
Une trentaine de syndicats de la sidérurgie, à l’appel de la fédération de l’industrie européenne IndustriAll, se mobilisent aujourd’hui en France, en Belgique, en Italie, en République tchèque et en Pologne pour protester contre le démantèlement de la filière orchestré par ArcelorMittal. Exigeant un moratoire sur tous les plans de restructuration « jusqu’à l’adoption du plan d’action de la Commission européenne pour la sidérurgie en Europe et l’engagement de s’appuyer sur ce plan pour pérenniser les sites et les outils du groupe », IndustriAll dénonce les milliers de suppressions d’emplois qui ont saigné la filière rien qu’en 2012, entraînant un « recul majeur du groupe sur le marché européen par rapport à ses concurrents ». En France, une intersyndicale CGT-CFDT-FO-CGC d’ArcelorMittal doit être reçue en fin d’après-midi au ministère du Redressement productif. « On va sérieusement interpeller le gouvernement », insiste Philippe Verbeke, pour qui la nationalisation partielle 
du groupe reste d’actualité.

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