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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 18:35


lundi 17 septembre 2012
par  Jean-Luc Gonneau


Pour le Front de gauche, la séquence électorale présidentielle-législative constituait une épreuve redoutable. Après deux tours de chauffe (élections régionales de 2009, où, selon les régions, le PCF avait fait liste commune avec le PS ou avec le Parti de Gauche, préfiguration du Front de Gauche ; élections européennes de 2010, où le Front de Gauche obtient un score modeste (6%), mais en progression par rapport à celui du seul PCF en 2009), l’élection présidentielle a permis d’obtenir sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon un score à deux chiffres. Il est probable que si, quelques mois auparavant, il avait été garanti un tel score au Front de Gauche, ses animateurs auraient signé tout de suite. Pourtant, pour beaucoup, les 11% obtenus sont apparus comme décevants. Déception accentuée par une mini-bérézina législative, non tant au niveau des voix obtenues qu’à celui du nombre final d’élus, en baisse de près de 50%.

L’absence de préoccupations électorales à court terme, encore que les futures élections municipales commencent à occuper certains esprits, est peut-être propice à un retour analytique sur les premiers pas du Front de gauche, et à une, modeste, prospective pour les temps à venir. Nous porterons au crédit du Front de Gauche lors de l’élection présidentielle trois éléments principaux : un programme cohérent, d’abord, tranchant nettement avec l’imprécision des autres prétendants, une capacité de mobilisation inédite pour une élection de ce type, capable de porter des dizaines de milliers de participants dans les rues des grandes métropoles du pays, signe de l’adéquation des propositions portées par le Front de Gauche avec les attentes d’une large part de nos concitoyens, le fer porté contre le Front National, enfin, élément négligé par le Parti Socialiste et les Verts, tandis que le sortant UMP faisait ouvertement du gringue aux « idées », un bien grand mot, de ce parti.

Il paraît hors de doute que ces éléments ont été d’autant plus efficaces que le candidat du Front de Gauche a su les porter et les faire partager avec talent et fougue. Telle qu’elle est définie par les institutions, et quelles que soient les critiques, déjà maintes fois énoncées dans ces colonnes, l’élection présidentielle ne peut échapper à la nécessité d’une forte personnalisation de la campagne. C’est évidemment regrettable, mais ne pas tenir compte de cet élément, c’est condamner une candidature à la marginalisation. Dans ces conditions, le porte-drapeau électoral du Front de Gauche devait être, de préférence, non issu du Parti Communiste, faute de quoi le Front serait apparu comme une nième construction circonstancielle, du PCF et de compagnons de route, le PCF, malgré son déclin militant, demeurant, et de loin, la principale force politique du Front. Il devait, si possible, avoir le coffre et l’expérience nécessaire pour supporter une campagne rude. La cerise sur le gâteau était qu’il soit brillant, drôle et cultivé. A ces aunes, Jean-Luc Mélenchon était sans doute le meilleur article que le front eût en magasin. Pourvu qu’il ne soit pas le seul, nous souffle un ami pervers.

A quoi tient donc le sentiment d’insatisfaction post-électoral que beaucoup ont ressenti ? Il y eut certes un écart entre le score que laissaient espérer certains sondages et celui obtenu. Mais, répétons-le, un score à deux chiffres est tout de même un succès. Un autre élément doit être pris en compte : Jean-Luc Mélenchon, au fil de la campagne, a introduit un match dans le match, Mélenchon contre Le Pen, et, fort imprudemment à notre avis, promis une victoire dans ce match-là. De victoire il n’y eut, comme on sait. Mais le match dans le match n’était pas le sujet. Dénoncer la collusion idéologique entre l’UMP et le FN, oui, cela faisait partie du sujet, démontrer l’inanité et la dangerosité des propos de Mme Le Pen, oui, c’était dans le sujet, mais désigner celle-ci comme le principal objectif électoral, non : le sujet était d’obtenir le meilleur score possible, par rapport à Le Pen, certes, mais aussi par rapport à Sarkozy et à Hollande. Cette erreur tactique fut amplifiée pendant les élections législatives avec la campagne d’Hénin-Beaumont, qui occulta au niveau des médias la campagne du Front de Gauche sur le reste du territoire.

Mais Hénin-Beaumont n’est pas la principale raison du médiocre résultat obtenu au bout du compte aux élections législatives. Il y a lieu de prendre en compte la conséquence de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle : pour beaucoup d’électeurs, il y avait une certaine cohérence à donner au nouveau président une majorité homogène. Compte aussi sans doute le fait que de très nombreux candidats du Front de Gauche étaient peu implantés, donc peu connus localement, fait aggravé que les investitures ont fait une part extrêmement importante aux organisations politiques, au détriment parfois de candidats « civils » potentiels, même si le cas n’est pas fréquent.

Avec un Parti Communiste encore numériquement dominant, mais dont l’implantation s’est effritée, un Parti de Gauche très militant, mais encore numériquement faible, et très contingent de la popularité de Jean-Luc Mélenchon, et des organisations diverses, vaillantes parfois, mais plus ou moins groupusculaires, le Front de Gauche doit écrire son histoire, ce qui est long, dans un délai qui doit, lui, ne le pas être trop. Cette histoire nécessite une présence de terrain permanente, la capacité à réagir pertinemment aux événements politiques, et la persistance dans la construction d’un projet et d’un programme, capables de compléter, prolonger, actualiser, mettre en perspective les travaux qui avaient abouti au programme présidentiel. La manifestation du 30 septembre pourrait être le coup d’envoi du redéploiement politique du Front de Gauche, sans qu’une éventuelle déception n’incite les partenaires à un repli identitaire qui signerait leur déclin. Pour écrire l’histoire, le Front de Gauche devrait continuer à s’ouvrir à des militants et des sympathisants hors des chemins politiques partidaires, ce qui suppose un fonctionnement beaucoup moins centré sur les « orgas » que celui que nous connaissons. Du pain sur la planche, donc.



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