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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 21:32
17/09/2012 | 17h41
Salman Rushdie en avril 2012 (Lucas Jackson/Reuters)
Salman Rushdie en avril 2012 (Lucas Jackson/Reuters)

La Fondation religieuse iranienne du 15 Khordad a porté la mise à prix de Salman Rushdie à 3,3 millions de dollars.

La Fondation du 15 de Khodad, qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie en 1989 suite à la fatwa lancée contre lui par l’imam Khomeigny, a augmenté la prime de 500 000 dollars, la portant à 3,3 millions de dollars, soit 2,6 millions d’euros, suite aux troubles déclenchés dans le monde musulman par le film de série Z islamophobe Innocence of Muslims (L’innocence des musulmans). L’ayatollah Hassan Sanei, chef de la fondation, a justifié cette décision en déclarant dans un communiqué relayé par les agences de presse locales Fars, Mehr et Isna :

“Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie (…) n’aura pas été exécuté, les attaques [contre l'islam] comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront. L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique, et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment. C’est pourquoi j’ajoute 500 000 dollars à la récompense pour tuer Rushdie.”

Treize années d’anonymat

Tout commence le 26 septembre 1988 lorsque Salman Rushdie, lui-même musulman, publie Les Versets sataniques, son quatrième roman, qui déclenche immédiatement une vague de contestation dans le monde musulman. Le livre, jugé blasphématoire, est rapidement interdit dans plusieurs pays, dont l’Inde, d’où il est originaire et où cette interdiction a toujours cours. Le 14 janvier 1989, des manifestants organisent un autodafé à Bradford, en Angleterre. Le 12 février de la même année, des manifestations contre Rushdie font cinq morts et des centaines de blessés au Pakistan. Le 14, l’imam Khomeigny, guide de la révolution islamique iranienne, lance une “fatwa” (décret religieux) contre l’écrivain, appelant les musulmans à le tuer.

L’écrivain est dès lors condamné à vivre sous le nom d’emprunt Joseph Anton (en référence aux écrivains Joseph Conrad et Anton Tchekhov), encadré par quatre policiers armés. Ce sont ces années passées dans l’anonymat qu’il relate dans son autobiographie Joseph Anton, à paraître le 20 septembre.

Dans une interview au Guardian, mise en ligne sur le site du journal britannique aujourd’hui, l’écrivain révèle être toujours un ardent défenseur de la liberté d’expression, quel qu’en soit le prix. A la question de savoir s’il aurait écrit un livre encore plus virulent s’il avait su qu’il déclencherait une telle contestation (ce qu’il avait déclaré en 1989 à CBS), l’écrivain répond : “sans aucun doute“.

Rushdie y réagit également à la mort de l’ambassadeur américain en Libye dans un assaut contre le consulat des États-Unis à Benghazi, le 14 septembre, en réaction au film Innocence of Muslims :

“Le film est clairement un déchet. Une réponse civilisée serait de dire au réalisateur ‘va te faire foutre. On continue notre journée’. Ce qui n’est pas civilisé, c’est de tenir les Etats-Unis responsables de tout ce qui arrive sur leur territoire. C’est une connerie. Même si c’était vrai, y répondre par des attaques physiques et croire que c’est OK d’attaquer des gens parce que vous êtes énervés, c’est une réaction incorrecte.”

Plus loin, il revient sur l’annulation de la diffusion, par la chaîne Channel 4 la semaine dernière, de son documentaire Islam : The Untold Story (la face cachée de l’islam) suite à des plaintes et des menaces reçues par le présentateur de l’émission Tom Holland. Dans une interview donnée à la BBC ce matin, il explique :

“Nous traversons une période difficile car nous sommes entourés par la peur et la nervosité. Le fait qu’un documentaire sur l’Islam voie sa diffusion annulée parce qu’on se soucie des conséquences qu’il peut avoir en est une bonne indication.”

Pour l’écrivain, il ne fait aucun doute que ses Versets sataniques ne seraient pas publiés aujourd’hui. “Un livre critique envers l’islam serait difficile à publier à l’heure actuelle” a-t-il affirmé à la BBC, avant de déclarer :

“La seule façon de vivre dans une société libre c’est de se sentir libre de dire et de faire des choses.”

Avis aux anglophones : le New Yorker a publié des extraits de Joseph Anton sur son site.

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