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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 17:42
Farines animales: "On n'a jamais vu un poisson manger
un cochon"

Par Amandine Seguin, publié le 15/02/2013 à 17:20, mis à jour à 17:58

La commission européenne a annoncé, jeudi, le retour des farines animales pour nourrir les poissons dans l'Union européenne. Restés discrets jusqu'ici, les écologistes montent désormais au créneau et avancent leurs solutions. 

  • Farines animales: "On n'a jamais vu un poisson manger un cochon"

POLITIQUE- Le retour des farines animales pour les poissons fait frémir les députés écologistes.

REUTERS

 

 

C'est une décision qui "tombe mal", comme l'a dit ce vendredi matin le ministre délégué à l'agro-alimentaire, Guillaume Garot: l'Union européenne autorise à nouveau les farines de porc et de volailles pour nourrir les poissons d'élevage. Si l'on ajoute à ça, la viande de cheval écoulée dans des plats étiquetés "pur boeuf", ça commence à faire beaucoup.  

Pourtant, les écologistes sont d'abord restés discrets.  

L'étrange silence des verts

"L'histoire de la viande de cheval prend des proportions énormes et cela montre un dysfonctionnement très grave de la production industrielle", a bien rapidement réagi Noël Mamère. Mais le député de Gironde ajoute qu'il trouve effectivement "étrange" qu'il y ait eu aussi peu de "réactions de la part des écologistes". 

José Bové aussi a haussé le ton, en demandant dès samedi dernier l'ouverture d'une enquête européenne sur la fraude à la viande de cheval. "Je suis en charge des questions sur les normes européennes de l'agroalimentation ", explique le vice-président de la commission Agriculture et Commerce international au Parlement européen. Pour lui, l'absence de réactions de la part des Verts est surtout due à un consensus interne: "Nous ne pratiquons pas la course à l'échalote", précise-t-il. Quant à Yves Cochet, député européen, il tempère: "Les écologistes ont réagi, seulement José Bové est le plus spectaculaire". 

Reste que les écologistes sont scandalisés. Les problèmes de traçabilité des viandes et le retour aux farines animales pour nourrir les poisons marquent un retour en arrière considérable. "On ne tire aucune leçon des catastrophes des dernières années", s'inquiète Noël Mamère.  

Approuvée par les experts des Etats membres en juillet 2012, la mesure, annoncée jeudi par la commission, autorise le recours aux protéines animales transformées dans l'alimentation des poissons d'élevage et des autres animaux de l'aquaculture. Les écologistes dénoncent la faiblesse de l'Union européenne face au lobby de l'alimentation animale. "Le côté libéral de l'UE prend le dessus dans ce secteur très dépendant des spéculations", souligne Noël Mamère.  

"Lever l'interdiction est suicidaire car le coût peu onéreux de la farine va entraîner une multiplication de cette pratique et forcément des dérapages", s'alarme José Bové, qui ajoute, dans un sourire: "On n'a jamais vu un poisson manger un cochon." 

L'étiquetage et le changement des habitudes alimentaires pour solution

Selon Noël Mamère, "il faut contribuer à établir un nouveau rapport de force pour le bien du consommateur. Il est très difficile de lutter mais il ne faut pas faire comme l'UE et tout lâcher." Dans ce cadre, "les écologistes vont demander au gouvernement de saisir la Commission européenne afin d'empêcher l'application de cette norme", insiste José Bové.  

Mais le député ne se fait d'illusion et pense déjà à une solution en cas de maintien. L'idée serait d'imposer un étiquetage des produits concernés. "Si on donne à manger de la viande animal au poisson, j'appellerai au boycott", prévient l'élu, connu pour ses actions coup de poing, avant d'ajouter, "à moins qu'il y l'instauration d'une indication précise sur le produit": "Les consommateurs ont le droit de savoir les aliments que le poisson a ingurgité." 

Yves Cochet a, lui, un plan en trois points: 1) "réduire la portion carnée de nos assiettes" et manger plus végétal. 2) manger des produits de saison. 3) préfèrer une alimentation plus locale pour faciliter la traçabilité. 

Reste à convaincre Bruxelles. Pas la plus mince des affaires.

 

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