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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 20:59

- le 23 Novembre 1990

Onze ans et demi de thatchérisme s'achèvent sur l'image d'une économie en déroute.

Onze ans et demi de thatchérisme s'achèvent sur l'image d'une économie en déroute. Emploi, rien ne va plus. On recense officiellement 1,7 millions de chômeurs. Le chiffre réel de sans-emploi atteindrait en réalité 2,5 millions de personnes. En août dernier, la hausse des prix a passé la barre des 10%, un niveau encore jamais atteint depuis le règne de Maggie. Le déficit commercial a des allures de gouffre: 20,3 milliards de livres en 1989 (quelques 200 milliards de francs), c'est à dire quatre fois le déficit français.


Nos voisins britanniques ont vécu leurs années Reagan. Margaret Thatcher a suivi, en matière de politique économique, les traces de son cousin d'Amérique et écrasé le peuple britannique. Sous son gouvernement, la tranche de 1% des plus hauts revenus a connu une amélioration de son niveau de vie de 70%, tandis que les 10% de britanniques les plus pauvres gagnaient moins de 15%. Entre 1976 et 1981, 3,2 millions d'emplois industriels ont été supprimés. Pour prévenir tout risque d'explosion sociale, Miss Maggie, en brisant les reins des syndicats, a bien mérité de son surnom de Dame de Fer.


Pas plus que la prétendue réussite des années 1980, la récession qui se profile depuis deux ans ne tient du miracle. Margaret Thatcher a procédé à une retructuration à la hache de l'économie britannique. Les privatisations massives et précipitées - elles ont concerné tous les plus grands secteurs de l'économie: automobile, chimie, aéronautique, industrie pétrolière, transport aérien, sidérurgie, gaz, eau - ont provoqué une surchauffe économique et financière. Les profits ont explosé et la City a connu un regain de son activité déjà intense.


Depuis deux ans, ce que d'aucuns ont baptisé «revers» se sont multipliés. Il s'agit en fait d'un véritable échec. Entre 1988 et 1990, la croissance a régressé de 4,5 à 1,6 %. La vague de privatisations a provoqué une entrée en force du capital étranger, tandis que les entreprises multipliaient les achats à l'étranger. Le peuple britannique a assisté à la mise aux enchères de son industrie: Vauxhall est passé sous la coupe de général Motors, Jaguar de Ford, ICL sous celle de Fusjitsu, les principaux prédateurs étant les Etats-Unis, le Japon et dans une moindre mesure la RFA. La crise a gagné la Bourse, secouée depuis 1988 par de multiples «affaires». L'argent coûte très cher sur la place anglaise, où pour lutter contre l'inflation, le pouvoir a relevé les taux d'intérêts à 15%.

Crise économique et crise financière pèsent lourd sur le dos des salariés. Le service public est en ruine. Le mécontentement grandit et des luttes sont menées contre les dernières mesures terriblement impopulaires, Poll Tax ou privatisation des services les plus sensibles (eau, électricité). La pression populaire a sans aucun doute contribué à la démission de Margaret Thatcher.


Mais la Dame de Fer quitte aussi le 10 Downing Street sous la pression non dissimulée de ses alliés d'hier. L'annonce de sa décision a provoqué hier une envolée boursière. Un récent sondage du «Financial Times» montrait que deux patrons sur trois souhaitaient le départ du Premier Ministre avant 1992. Une échéance révélatrice s'il en est: avec la fin de l'ère Thatcher, la Grande-Bretagne manifeste son choix, non pas de l'Europe - ce choix est le sien depuis longtemps - mais de l'intégration. Confrontés à de graves difficultés, les capitalistes britanniques l'identifient à une porte de sortie. L'entrée de la livre dans le système monétaire européen en octobre dernier manifeste leur volonté de tenter désormais de tirer tout le parti possible du marché unique financier. Maggie symbolise trop la précédente période pour ne pas faire les frais de ce revirement.


L'onde de choc du virage britannique va faire trembler la CEE. Sur le champ de bataille des OPA et des concentrations, c'est l'émergence d'un nouvel acteur. Contredira-t-il l'écrasant leadership allemand? En tout état de cause le choc sera fort, étant donné l'ampleur de la pénétration nord-américaine et nipponne dans l'économie britannique. Albion peut devenir un formidable cheval de Troie.

 

 



Sophie Salsac

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