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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 21:25

 

MICHEL ROGALSKI*

Directeur de la revue Recherches internationales

 

 

La campagne présidentielle de 2012 avait été marquée par son quasi-silence sur les enjeux internationaux révélant la réalité d’un consensus entre les principaux candidats qui jugeaient inutile d’en discuter ou de s’opposer faussement. La suite a bien montré que la politique étrangère de la France ne soit pas débattue devait inquiéter. Le « mollétisme » de François Hollande s’inscrivait parfaitement dans le sillon tracé par Nicolas Sarkozy.

Le cap a été maintenu, marqué par la multiplication des interventions et expéditions guerrières, au point que c’est ce que l’on retiendra le plus du dernier quinquennat. Autant la diplomatie sarkozyste avait été stupéfiante d’inflexions, de retournements, de gages inutilement donnés et d’impréparations velléitaires riches de conséquences, au point que l’on a pu s’interroger s’il existait une vision d’ensemble cohérente du rôle de la France dans le monde. Autant celle de François Hollande a été d’une grande clarté : atlantisme effréné donnant dans la surenchère au point d’être plus jusqu’au-boutiste que celle des États-Unis sur l’Iran, la Syrie, la Russie, abaissée et docile dans sa relation à l’Union européenne, inexistante et illisible dans sa relation au monde en développement.

La campagne de 2017 s’annonce différemment. Marquée par un monde qui a beaucoup évolué, elle en porte les stigmates et révèle des postures nouvelles, parfois à front renversé par rapport aux positions habituelles. Elle traduit surtout un renouveau d’intérêt marqué pour ces questions qui apparaissent loin d’être un facteur extérieur secondaire ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, mais s’imposent comme une réalité omniprésente façonnant la vie des états et des individus. Bref, l’international et la politique étrangère font irruption dans la campagne traduisant l’inquiétude tout à la fois sur la place de la France et sa capacité à peser sur l’évolution du monde et à s’en protéger. Car on sait que la France ne manque pas d’atouts et a su toujours s’appuyer sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa puissance militaire nucléaire, la francophonie, son poids dans le PIB mondial, sa maîtrise de la haute technologie, son réseau d’ambassades et de diplomates qualifiés, bref tout ce qui concourt au rayonnement d’un pays. Notre pays a toujours su en jouer en donnant à sa politique étrangère, grâce à son non-alignement, plus de poids qu’elle n’en avait réellement. L’irruption de cette thématique dans un monde troublé et chamboulé ne doit donc pas étonner. Les dossiers qui cristallisent les oppositions commencent à émerger entre les candidats, voire, fait plus surprenant, au sein même des primaires, à gauche comme à droite.

Le débat s’amorce et va probablement s’amplifier autour de différents sujets. On peut sans peine les identifier. Certains ont déjà marqué la présidentielle américaine ou le referendum britannique sur le Brexit. Ainsi en est-il du bilan de la mondialisation et de ses effets. L’opposition entre libre-échange et protectionnisme devient un enjeu largement débattu et nourrit le retour de l’appel à la démondialisation. De même, la montée des flux migratoires, dont les causes multiples ne sauraient se réduire à la seule mondialisation, donne naissance à de vives polémiques entre postures extrémistes et irresponsables de ceux qui rêvent d’un tout sécuritaire et d’expulsions massives et de ceux qui déclarent que désormais la liberté de s’installer devrait être acquise et que chacun pourrait à sa guise résider où bon lui semble et en viennent à penser que le nomadisme planétaire pourrait ainsi tenir lieu de politique de développement. La nature de l’Union européenne et surtout son rapport à celle-ci, si décisif pour crédibiliser l’application d’un programme, sont déjà au cœur des débats. L’atlantisme, surtout dans l’incertitude des orientations de la présidence de Trump, ne fait plus recette et aucun candidat ne s’en réclame, alors que c’était une figure quasi-imposée il y a encore peu. C’est le rapport à la Russie qui mobilise les échanges et révèle des postures nouvelles, souvent à front renversé. Enfin l’analyse de l’islamisme radical divise tout autant que la façon d’en contrarier les aspects terroristes.

Le quinquennat écoulé a vu grandir la défiance populaire à l’égard des institutions européennes. Maintes élections en ont porté témoignage. Le traitement réservé à la Grèce a choqué et dessillé beaucoup d’yeux. Le courage d’Alexis Tsipras, le premier chef d’État européen à avoir engagé un bras de fer avec les institutions de la Troïka a forcé l’admiration même si la solidarité lui a été trop ténue et le rapport de force au final insuffisant. Mais des leçons ont été retenues. D’abord devant le rouleau compresseur de Bruxelles, il faut gagner des alliés et ne pas rester isolé. Ensuite, l’Union européenne telle qu’elle s’est constituée, avec l’empilement de traités successifs, est devenue un instrument de verrouillage de tout changement social et progressiste. Sa fonction centrale au service des oligarchie l’a transformée en Sainte Alliance obligeant ses États membres à rester enfermés dans une politique du « cercle de la raison ». Elle entend ainsi jouer le rôle de réducteur d’incertitude en limitant l’oscillation du balancier politique. Enfin, la crise grecque a montré que la recherche d’une autre Europe, souhaitable mais certainement très longue à obtenir, ne nous exonérait surtout pas de la question du « qu’est-ce qu’ont fait en attendant ? ». Et surtout qu’il en allait de la crédibilité de tout programme non-eurocompatible de pouvoir répondre à cette question du rapport à l’Europe qui a ainsi pris le pas sur la nature de l’Europe désirable à laquelle la plupart des partis appellent à réfléchir après le Brexit britannique. Ainsi des propositions inimaginables il y a cinq ans s’invitent dans le débat. L’un propose d’aller « casser de la vaisselle à Bruxelles », d’autres invitent à renégocier les traités européens et en cas de refus suggèrent de recourir au peuple pour décider d’une éventuelle sortie de l’Union en expliquant que la France n’est pas la Grèce. Les interrogations sur les bienfaits ou la nécessité de l’euro se sont ravivées. L’adoption du Brexit a tétanisé les Commissaires européens et renforce la détermination des tenants d’un « bras de fer » ou d’une politique de « désobéissance ». On est désormais bien loin des timidités de 2012.

L’analyse de la politique russe et de l’attitude qu’il convient de manifester à son égard s’est également invitée dans la campagne présidentielle. Comment la Russie voit-elle le monde ? Doit-elle être traitée comme adversaire, partenaire ou alliée ? La parenthèse post-guerre froide se referme-t-elle s’ouvrant sur une période multipolaire ? Ces interrogations sont en débat et ne laissent plus que les Verts et les socialistes comme tenants d’une politique d’affrontement du type de la guerre froide. Il leur faudra admettre que depuis 1999 la Russie de Poutine n’est plus celle de Boris Eltsine. La Russie était alors pour la communauté internationale un pays à démocratiser, à préparer au passage à l’économie de marché, à intégrer internationalement et à affaiblir militairement. Traduisons : à livrer aux oligarques mafieux et à piller ce qui pouvait l’être, à commencer par ses cerveaux qualifiés, et à mettre à genoux. Misère et humiliation entraînèrent un retour de manivelle avec l’ambition de reconstruire un pays dévasté et de lui redonner sa place sur la scène internationale. L’incertitude et le désengagement américain, ajoutés à la désunion et l’ingouvernance européennes ont conféré des marges de manœuvres à la Russie dont le rôle est apparu comme incontournable dans une région comme le Moyen-Orient. En six mois, son engagement contre le djihadisme en Syrie est apparu plus efficaces que trois années de coalition occidentale plus soucieuse de déboulonner le régime syrien que de combattre l’État islamique. Face à cet ennemi principal, beaucoup en viennent à penser qu’il convient de traiter autrement la Russie et notamment d’en faire un partenaire dans les questions européennes et un allié dans la reconstruction du Moyen-Orient dévasté. Sur le rapport à la Russie, l’Europe est divisée, certains pays lui demandant de l’en protéger, d’autres considérant qu’elle appartient au monde occidental et doit donc être traitée comme une alliée, notamment dans d’autres conflits jugés comme essentiels. Bref, ni adversaire ni ennemie, mais partenaire exigeante et indispensable. Sur des bases idéologiques différentes, trois candidats déjà déclarés à la présidentielle – Mélenchon, Fillon, Le Pen – représentant une large majorité d’électeurs, adhèrent à cette approche nouvelle qui sort d’une vieille posture de guerre froide. Panorama politique inimaginable en 2012.

Sur l’international la campagne présidentielle de 2017 ne va pas ronronner. Elle sera vive d’affrontements notamment autour du libre-échange, de l’intérêt de l’atlantisme, du rapport à la Russie et à l’Union européenne, de l’analyse de l’islamisme radical et de la façon de le combattre. Des postures nouvelles, des fissures inédites vont apparaître et laisseront leurs traces dans les recompositions politiques futures. Ces questions ne resteront pas mineures dans le débat qui s’ouvre.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 19:32
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 19:22

16, rue d’Enghien – 75010 – Paris – Tél : +33 6 45 41 76 68 - email : cnskurd@gmail.com

Communiqué de la CNSK

Vérité et justice pour Sakiné, Fidan et Leyla

Le Parquet de Paris a annoncé le décès d'Omer Güney, le présumé coupable du triple assassinat, en relation avec une entreprise terroriste, de Sakiné Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez. Sa disparition interrompt le processus judiciaire en cours. Le procès, qui devait s’ouvrir le 23 janvier, attendu par les familles des victimes, le peuple kurde et toutes celles et ceux qui demandaient Justice et Vérité, n’aura pas lieu. Ce n'est pas un hasard : nul ne pouvait ignorer que le présumé coupable souffrait d'un mal incurable et que ses jours étaient comptés. C’est sans doute pour cela qu’il avait été choisi par ses employeurs.

Personne ne peut croire que ces assassinats furent l’œuvre d’un seul homme. Pour la première fois en France, dans une instruction judiciaire ouverte pour des crimes politiques, la Justice française évoquait la possibilité d’une implication d’un service de renseignement étranger en l’occurrence le MIT (service de renseignement turc).

Ce procès devait permettre de faire toute la lumière sur les commanditaires, fussent-ils les plus hauts dirigeants de l’Etat turc et sur les dysfonctionnements des services du renseignement français ; il devait répondre à la question: pourquoi la France n'a pas assuré la sécurité de celles auxquelles elle avait accordé sa protection avec le statut de réfugiées politiques? Pourquoi n'a-t-elle pas déclassifié certains documents classés "secret défense"?

Les avocats des familles font part dans un communiqué de la "colère des familles des victimes, privées d'un procès public qu'elles attendaient depuis près de quatre années, familles, qui, elles, espéraient en la justice française". Nous nous associons à la douleur des familles et crions avec elles notre émotion, notre indignation et notre colère. Mais rien n’entamera notre détermination pour que la vérité éclate

La Justice et la Vérité sont toujours dues aux familles et cette situation nouvelle ne nous fera pas abandonner cet objectif.

 

Paris le 17/12/2016

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 19:22
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 19:29

Nils Andersson

Journaliste, essayiste

Intervention faite le 17 novembre à l’École normale supérieure lors de la conférence-débat Quelle ONU pour demain : comment améliorer l’ONU ? avec Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Chloé Maurel, historienne, chercheuse à l’IRIS et Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde diplomatique. Conférence-débat présentée par Michel Rogalski, directeur de la revue Recherches internationales.

Au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies, le Conseil de sécurité a mandat, si toutes les mesures prises sont sans résultat, « de recourir à la force armée pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Je voudrais aborder cette mission de l’ONU dans un moment où dans le monde l’alarme militaire est aussi grande que l’alarme écologique. Elle l’est en raison des guerres dont le Proche-Orient et l’Afrique sont l’épicentre, de conflits larvés entre puissances globales ou des ambitions de puissances régionales, de déchirements démographiques ou climatiques, de crises politiques, sociales, confessionnelles sur tous les continents, cela dans un monde surarmé que ce soit à des fins de défense ou de répression.

Par rapport à 1991, année où Georg Bush père proclame un Nouvel Ordre Mondial de paix dans lequel l’ONU sera pleinement en mesure de remplir sa mission, en 2014, les dépenses d’armement sont plus importantes de 13% en Europe, de 30% dans les Amériques, de 65% en Océanie et dans le Pacifique, de quasi 100% au Moyen-Orient, elles ont presque triplé en Asie et plus que triplé en Afrique, surarmement dont l’Europe est l’un des principaux pourvoyeurs. Une militarisation porteuse de guerres.[1]

Les dispositions pour que l’ONU remplisse sa mission pour la paix, sont fixées dans la Charte : les États membres s’engagent à mettre à disposition des forces armées. Les plans militaires sont établis par le Conseil de sécurité avec l’aide du « Comité d’état major » qui a la responsabilité « de l’emploi et du commandement des forces mises à sa disposition… ». Passons sur le fantomatique Comité d’État-major, qui se réunit tous les quinze jours pour décider de la date de sa prochaine réunion, mais qui n’a jamais joué son rôle. Le mandat de maintenir la paix et la sécurité internationales revient aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, qui représentent un état du monde au sortir de la Seconde Guerre mondiale, mais nullement celui d’aujourd’hui.

Les deux modes d’interventions militaires de l’ONU

Si l’on excepte, en 1950, la résolution 84 qui décide, avec l’intervention en Corée du Nord, du plus important conflit armé de la guerre froide sous le drapeau des Nations Unies et sous commandement des États-Unis, depuis 1948 et jusqu’au tournant des années 1990, le mode d’intervention de l’ONU consiste en des opérations de maintien de la paix pour surveiller le cessez-le-feu entre Israël et les pays arabes, opérations qui prennent le nom en 1956, lors de la crise de Suez, de « Casques bleus ». Casques bleus qui ont conduit, comme forces d’interposition ou d’intervention lors de conflits armés ou de guerres civiles, soixante et onze missions sur les cinq continents, dont seize sont en cours.

Certaines furent menées avec succès. La Namibie est citée en exemple, le Salvador et le Cambodge sont également considérés comme des initiatives positives. D’autres ont sombré honteusement dans l’anarchie, en Somalie ou le génocide au Rwanda. En Palestine, au Cachemire ou au Sahara occidental depuis quarante ou soixante-dix ans, elles participent à la perpétuation d’une situation de non-application des résolutions de l’ONU. S’ajoutent les missions rendues impossibles par le refus de l’une des parties de l’envoi de Casques bleus, lors de conflits en Arménie, au Sri Lanka, en Colombie…

Mais depuis le tournant des années 1990, s’est ajouté un autre niveau d’intervention, « droit d’ingérence humanitaire », puis « devoir de protéger », le Conseil de sécurité a autorisé ou couvert la première et la seconde guerre d’Irak, les guerres du Kosovo, d’Afghanistan, de Libye ou les opérations contre l’état islamique avec l’intervention de coalitions militaires. L’objet n’est pas ici de faire l’exégèse des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité et des interprétations dont l’Article VII de la Charte a été l’objet, mais de voir ce qui distingue les interventions des Casques bleus de celles conduites, dans le cadre de résolutions de l’ONU, par des coalitions militaires, essentiellement occidentales.

Première différenciation : le degré d’engagement militaire

Les interventions de coalitions militaires ne sont pas de même nature et sont d’une autre ampleur, elles répondent à des conflits qui touchent aux intérêts géostratégiques des principales puissances. Le Conseil de sécurité autorise, mais ne dirige pas, ces coalitions militaires de compositions variables, selon les intérêts des États. Les pays membres de l’OTAN en sont la principale composante, sans que tous ses membres y participent, les États-Unis la principale force de frappe, à l’exception de l’intervention en Libye, ou pour employer le langage des stratèges, ils ont recours au concept du « commandement depuis le siège arrière ». Et, jeu de puissances, dans le cas de l’intervention contre l’État islamique, deux coalitions se conjuguent et s’opposent.

Les conflits où interviennent les Casques bleus de l’ONU sont eux des conflits dits de basse intensité, ce qui ne signifie pas qu’ils soient moins meurtriers, au Guatemala, Pakistan, Bangladesh, Soudan et ailleurs les morts se comptent par centaines de milliers quand ce n’est pas, comme lors des guerres du Congo, par millions. Ces conflits sont également la cause de crises alimentaires, sanitaires, migratoires, aux conséquences humaines effroyables, mais les enjeux politiques et économiques sont moins stratégiques pour les grandes puissances.

La différence d’engagement est évidente selon qu’il s’agit d’une « coalition militaire » sous mandat de l’ONU ou d’une mission de maintien de paix des Casques bleus onusiens. Dans le premier cas, lors des deux guerres majeures - Irak et Afghanistan - sous mandat de l’ONU depuis les années 1990, en Irak, 48 pays participent à la coalition et au maximum de l’intervention (en 2008), 330 000 hommes furent engagés, dont 250 000 États-Uniens. En Afghanistan, 44 pays participent sous commandement de l’OTAN ou de la Force internationale de l’ONU et, en 2011, plus de 150 000 hommes sont engagés, auxquels il faut ajouter les 140 000 hommes des forces afghanes et l’appui logistique d’autres États, dont la Russie qui ouvre des bases aériennes.

Quels sont les effectifs engagés lors des opérations des Casques bleus ? Seize opérations de maintien de la paix sont en cours, entre Israël et la Palestine, sur le plateau du Golan, au Liban, au Darfour, dans le Soudan Sud, au Liberia, en République démocratique du Congo, en République centrafricaine, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sahara occidental, entre l’Inde et le Pakistan, à Haïti, au Kosovo, à Chypre.

En comparaison aux chiffres de 300 000 hommes et plus engagés en Afghanistan et Irak, pour mener ces seize opérations, au 31 août 2016, les Casques bleus en uniforme (militaires, gendarmes et policiers), sont 100 950 personnels, qui proviennent de 123 États contributeurs. Soit, près de trois fois plus de contributeurs que dans les coalitions militaires internationales les plus larges. Mais qui sont les principaux pays contributeurs ? L’Éthiopie avec un effectif de 8 326 Casques bleus, l’Inde, 7 471, le Pakistan 7 161, le Bangladesh, 6 672, le Rwanda, 6 146, le Népal 5 131, le Sénégal, 3 617, le Burkina Faso, 3 036, le Ghana, 2 972, ces neuf pays asiatiques et africains, représentent plus de 50% des effectifs des Casques bleus au 31 août de cette année, seul, parmi eux, le Sénégal est actuellement membre du Conseil de sécurité.

Quels sont les effectifs fournis par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ? Pour la France, 867, le Royaume-Uni, 337, la Russie, 98, les États-Unis, 66, mais ils sont 2 639 pour la Chine, ainsi contingent chinois compris, moins de 4% des Casques bleus sont mis à disposition par des membres permanents du Conseil de sécurité !

Seconde différentiation : le coût des opérations

Comparer le coût des opérations de maintien de la paix de l’ONU et le coût des guerres menées par des coalitions militaires est encore plus éloquent. Le Watson institut (l’une des plus récentes études effectuées[2]) estime pour les seuls États-Unis, les coûts des guerres d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan et de Syrie (de 2001à 2016) à 4 792 milliards de $. Rapport qui n’inclut pas les dépenses liées à la sécurité intérieure, les coûts macroéconomiques de la guerre pour l'économie, ni le coût de la guerre pour les autres pays et ne met pas en dollars le coût des vies humaines alors que les guerres ont fait depuis 1990, 9 à 11 millions de morts.

Par rapport à ces 4 792 milliards, le coût des opérations de maintien de la paix de l’ONU depuis 1948 à aujourd’hui est de 108 milliards 807 millions de $, soit 2,25 % des dépenses des seuls États-Unis pour les guerres d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan et de Syrie, de 2001 à 2016. Ces différences d’engagements humains et financiers lors des interventions de l’ONU ne répondent pas aux souffrances des peuples, principales victimes des guerres contemporaines, mais à des intérêts de puissances.

Les conclusions du rapport du groupe d’étude sur les opérations de paix, remis, en 2000, à Kofi Annan par Lakdhar Brahimi, sont accusatrices. On y lit : « Le Secrétaire général se trouve dans une position intenable. On lui présente une résolution du Conseil de sécurité qui précise, sur le papier, le nombre de militaires requis, mais il ne sait pas s’il disposera de ce nombre de militaires sur le terrain. Plus encore, les troupes qui finissent par débarquer sur le théâtre des opérations risquent d’être sous équipées : il est arrivé que des pays fournissent des troupes sans fusils, ou équipées de fusils, mais dépourvues de casques, ou munies de casques, mais sans moyens propres de transport ». Cet état de fait est à l’origine de pillages et de viols que l’administration onusienne couvre trop souvent. Commentant le rapport Brahimi, le Financial Times conclut : « De plus en plus, le fardeau retombe sur les pays pauvres. Puisque les pays industrialisés refusent de faire le sale boulot, ils pourraient au moins fournir davantage d’argent et d’entraînement aux forces de maintien de la paix. » Mais, au 30 juin 2015, 1,6 milliard de $ de contributions n’étaient pas acquittés par les États, alors qu’il est interdit au Secrétaire général de l’ONU de souscrire, y compris pour des interventions d’urgence, un emprunt, ne serait-ce que pour une semaine.

Une révolution copernicienne des missions militaires de l’ONU

Chacun de ces aspects révèle une absence de volonté politique, la prévalence d’intérêts nationaux, le caractère secondaire des missions de Casques bleus pour les grandes puissances. Constat aggravé par l’échec militaire, humain et diplomatique des guerres menées par des coalitions internationales sous mandat de l’ONU, avec, comme conséquence, sur un arc allant de l’Indonésie au Nigéria, des situations de guerres à fort risque d’expansion. On dira que l’on compare l’incomparable, mais ce qui rend incomparable la guerre absolue dans toute son énergie écrasante menée par des coalitions militaires avec les interventions de troupes privées de moyens, ce sont des décisions du Conseil de sécurité, renouvelées et assumées.

Principe de lucidité, la guerre est une réalité, la paix une aspiration ; pour cheminer vers l’aspiration, il est des situations militaires ou idéologiques qui exigent le recours à la force, il est des conflits interétatiques, ethniques, confessionnels, de libération, qui nécessitent une interposition armée, il est des totalitarismes, dont la violence oblige à intervenir. Un cas concret, Daech, qui est une déviance mortifère de l’islam, comme le christianisme et d’autres religions en ont connu dans l’Histoire, doit être combattu, mais, affaire de tous, il doit l’être par tous, dans l’esprit des fondements multilatéralistes de l’ONU et non avec des coalitions conduites par les puissances occidentales ou une autre puissance, la Russie, par des puissances régionales, Turquie, Iran ou l’Arabie saoudite et le Qatar. Certaines sont directement responsables du drame irako-syrien, aucune n’est là pour les intérêts des Nations unies, toutes interviennent avec des visées de grandes puissances ou de puissances régionales.

Est-il possible de rompre avec ce tragique engrenage ? L’ONU n’est pas un organisme virtuel, elle est le produit des gouvernements des États qui la composent. Ses carences sur la question de la guerre et de la paix, comme sur d’autres, résident dans son assujettissement aux politiques étatiques, à des ambitions géostratégiques globales ou régionales, des desseins de suprématie des principales puissances. Vingt-cinq ans après la fin de la guerre froide, l’échec des politiques suivies est dramatique et le système inégal des relations internationales n’est pas en mesure d’apporter une solution aux crises engendrées ; jusque dans les horreurs de la guerre, les inégalités prévalent entre les États et les peuples.

Une stratégie pour la paix et la sécurité internationales, jusqu’au recours à l’intervention armée, comme il est inscrit dans la Charte, n’est possible que par une révolution copernicienne au sein de l’ONU. Cela demande de mettre fin aux mandats de coalitions militaires de justiciers et au déploiement de troupes hétéroclites sous équipées et, comme le demande la Charte, que se crée une force onusienne multilatérale dans sa composition et son commandement, force qui soit en capacité d’interventions militaires, de négociations diplomatiques et de rétablissement de la paix. Entre la raison ou la barbarie, à chacun d’entre nous qui sommes sujets de l’Histoire, d’en influer le cours.

Ouvrages sur l’ONU

50 ans déjà… et alors, l’ONU, revue Panoramiques n° 17, Éditions Arléa/Corlet, 1994

ONU, Droits pour tous ou loi du plus fort ? Regards militants sur les Nations unies, Éditions Cetim, 2005

ATTAC, Un autre monde pour une autre ONU, Éditions Tribord, 2010

Chloé Maurel, Histoire des idées des Nations unies, l’ONU en vingt notions, Éditions l’Harmattan, 2015

Les Nations unies, 70 ans après, Recherches internationales n° 103, 2015

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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[1] Nils Andersson, « La guerre et la paix, entre réalité et utopie », La Pensée, n° 387, 2016

[2] Septembre 2016.

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:14

 

Il y a 30 ans, le 6 décembre 1986 , Malik Oussekine, jeune homme de 22 ans, meurt, victime de la violence policière, après une manifestation étudiante contre le projet de réforme universitaire « Devaquet ».

Malik sortait d'un concert et rentrait chez lui. Il est alors poursuivi jusque dans un hall d'immeuble et battu à mort par les "voltigeurs", ces policiers à moto chargés de disperser  les manifestations. Charles Pasqua, alors Ministre de l'Intérieur avait mis en place le peloton des « voltigeurs » : deux policiers sur une moto,  l’un conduit, l’autre est armé d’une matraque.

Paul Bayzelon, un fonctionnaire du ministère des Finances, avait fait entrer Malik dans son immeuble pour tenter de le protéger mais il n’arrive pas à refermer la porte assez vite. Les policiers qui ont suivi Malik font pleuvoir un déluge de coups,  une véritable « ratonade » selon Paul Bayzelon, qui reçoit quelques coups à son tour. Quand les policiers partent, Malik Oussekine est mort.

« Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais de faire le con dans la nuit » osera déclara Robert Pandraud , ministre délégué chargé de la « Sécurité » ! Le Front National, fidèle à sa haine anti-arabes écrivait le 20 janvier 1988 « On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre » . Malik n'avait pas participé à la manifestation et on découvrira par la suite que ce sont bien les coups donnés par les policiers qui ont entraîné la mort du jeune homme.

Le 28 janvier 1990, les policiers sont reconnus coupables de coups mortels. Mais ils bénéficient de circonstances atténuantes et ne sont condamnés qu’à deux et cinq ans de prison avec sursis. Du côté de la famille Oussekine, c’est l’indignation. Les organisations  dont l’UNEF et le MRAP, appellent à un rassemblement sur les lieux du drame pour protester contre le verdict.

Trente ans après le MRAP appelle à ne pas oublier, à ne pas oublier non plus qu'il y a eu d'autres jeunes victimes des violences policières, parmi elles, Rémi Fraysse, 21 ans, mort en octobre 2014 à la suite d'un tir de grenade lors d'une manifestation d'opposants au barrage de Sivens.

 

Paris, le 6 décembre 2016
 

--

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples

43 Boulevard Magenta - 75010 Paris

01.53.38.99.82

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 17:44
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:32
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 19:08
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 19:05
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