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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 08:03

Repères pour résister à l’idéologie dominante


Gérard Mauger

L’idéologie dominante est un discours de maintien de l’ordre. De façon générale, elle porte chacun à se convaincre qu’il faudrait désormais accepter « l’ordre social » tel qu’il s’est imposé comme « allant de soi » : avec enthousiasme ou en traînant les pieds avec l’espoir de « sauver les meubles ». Le souci d’ancrer ces « repères pour résister à l’idéologie dominante » dans l’actualité impose de se plier aux exigences d’un agenda fixé par les médias et/ou les politiques et exclut pratiquement toute possibilité d’enquête systématique. Ainsi ces « repères » ne concernent-ils que des échantillons « significatifs » de l’idéologie dominante (sur les classes populaires, sur quelques notions-clés de l’idéologie dominante, sur la vie politique) sans viser l’exhaustivité et sans prétendre à la représentativité. Outre leur intention de clarification, de démystification, de rupture avec « le sens commun » (avec ses « évidences », son ethnocentrisme, ses propensions à la « déshistoricisation », à la « naturalisation », à la « psychologisation ») ces repères ont aussi, et peut-être surtout, une vocation pédagogique. En définitive, il s’agit, comme l’écrit Jacques Bouveresse, de « passer du statut de sociologue pour sociologues à celui de sociologue pour tout le monde », de montrer en acte l’intérêt d’une lecture sociologique des discours médiatiques et politiques et, ce faisant, d’une invitation et d’une initiation à la pratiquer pour son propre compte.

Gérard Mauger est sociologue, directeur de recherches émérite au CNRS, chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CNRS-EHESS-Paris I) et membre de l’association « Savoir/Agir ».

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 07:58


Le colonialisme oublié
De la zone grise plantationnaire aux élites mulâtres à la Martinique

Patrick Bruneteaux et Ulrike Zander

Rapporter ce constat mille fois avéré par la littérature comme par les chercheurs d’un mal être fondamental des Antillais colonisés ne signifie pas ressusciter une fois de plus les recherches affirmant les multiples dépendances à l’égard de la métropole (colons/colonisés) ou les effets persistants du racisme dans toutes ses dimensions (Blancs/Noirs). Cet ouvrage entend exhumer une réalité tabou au travers d’une fonction sociale intermédiaire : le rôle des Noirs eux-mêmes dans le maintien de l’ordre esclavagiste et colonial ; ainsi que les circuits sociaux de la reproduction de cette « zone grise » jusqu’à aujourd’hui. D’où le fil directeur de cet ouvrage fondé sur la notion de tripartition: partir des structures socio-raciales de l’ancien monde (Békés/Mulâtres/Nègres), et plus particulièrement des rapports de force physiques entre colons, serviteurs et colonisés, pour suivre les transformations progressives de cet ordre relationnel jusqu’à aujourd’hui. Grâce à l’étude fine des représentations des acteurs, et notamment des musées, il est possible de lire très distinctement ces jeux d’obédience à l’ordre néocolonial français : derrière le bruit d’un discours identitaire écran, il est possible de repérer le travail persistant des Mulâtres destiné à dissoudre les traces de leurs actions passées, à brouiller les jeux d’alliances entre élites issues du système colonial, et à légitimer leur pouvoir actuel ainsi que leur prétention à parler au nom du peuple noir.

Patrick Bruneteaux est chercheur CNRS au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne. Il a récemment publié Devenir un Dieu. Le nazisme comme religion politique. Eléments pour une théorie du dédoublement, Publibook, collection Université, Paris, 2004, La rue : des rêves à la réalité, Editions le Temps des Cerises, Paris, 2004. Ulrike Zander est anthropologue rattachée au Centre d'Etudes Africaines. Elle a achevée une thèse sur la Martinique "Conscience nationale et identité à la Martinique", EHESS, 2010.

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 20:35


LES RAPPORTS NORD-SUD A L’EPREUVE DE LA MONDIALISATION.

MICHEL ROGALSKI
Economiste, CNRS, directeur de la revue Recherches internationales

Il y a une cinquantaine d’années, les pays qu’on appelait alors « sous-développés » venaient de se voir regrouper sous le terme de « Tiers monde », exprimant l’idée plus géopolitique qu’économique qu’ils n’appartenaient ni au monde capitaliste ni au monde se réclamant du socialisme, donc qu’ils étaient hors « guerre froide ». Tour de passe passe sémantique car ils restaient totalement articulés – désarticulés disait déjà François Perroux - à l’économie dominante du monde occidental. C’est pour s’en dégager qu’ils constituèrent à l’occasion du Sommet de Bandoung le mouvement Afro-asiatique et quelques années plus tard le Mouvement des non-Alignés, ce qui dans le contexte de l’époque signifiait tenter de se dégager de l’hégémonie du monde occidental, et mettre en concurrence les deux premiers mondes.
Très vite, ces pays dont les économies avaient été déformées par l’énorme pillage colonial ont dû s’intégrer dans l’économie internationale, c’est à dire servir les besoins erratiques des économies du Nord. Ceci eut un prix ! Et très vite nombre de dirigeants de ces pays comprirent que leur situation ne relevait pas d’un retard qu’une aide, même généreusement octroyée, pourrait permettre de rattraper, mais bien d’un véritable blocage de développement et qu’il convenait, en plus de mesures structurelles d’ordre interne, de redéfinir leurs relations à l’environnement international. A partir d’une volonté politique de développement s’est affirmé le besoin d’en réaliser les conditions permissives au niveau mondial. Ainsi est née l’exigence d’un Nouvel ordre économique international qui sera ratifié par les Nations unies en 1974, mais jamais appliqué.
Aujourd’hui le panorama du Sud n’est plus superposable à ce qu’il était il y a cinquante ans, au moment où apparaissait la notion de Tiers monde. Ses rapports au Nord comme sa place dans l’ordre international ont été fortement reconfigurés. Le monde a connu de profondes transformations. Esquissons en quatre principales.
La première a été préjudiciable au Tiers monde. Dans ces régions, l’essoufflement des « constructions nationales » et l’impossibilité de mettre en place un véritable Etat-nation garant du développement ont partout fragilisé les souverainetés nationales dont les reconquêtes avaient été au cœur de nombreuses luttes passées. L’asymétrie internationale a conforté les effets de domination et de dépendance qui ont poussé ces pays au moment de la vague libérale, initiée par Reagan et Thatcher, à accepter les « remèdes » du Consensus de Washington dont les plans d’ajustement structurel ont constitué le fer de lance. On en connaît les résultats dévastateurs certainement pas étrangers aux premières crises financières qui n’étaient encore que périphériques et n’allaient pas tarder à frapper le cœur du système.
L’effondrement du monde soviétique a constitué la seconde secousse majeure de la planète et a renforcé les trajectoires déjà buissonnantes qui travaillaient le Tiers monde et en faisaient une zone dont les traits unitaires s’atténuaient. Bon nombre de conflits périphériques qui perduraient à l’ombre de la guerre froide s’éteignirent et l’idée fut même caressée d’une coopération entre les deux grands ennemis d’hier pour développer de concert les pays du Sud. Le désarmement sans précédent qui s’installa - un tiers de dépenses militaires en moins entre 1987 et 1998 – fit se demander où étaient passés les « dividendes de la paix », jamais retrouvées, mais surtout ne s’accompagna pas d’une baisse de la conflictualité comme en attestèrent la première guerre du Golfe contre l’Irak et celles qui scandèrent la lente décomposition de l’Etat yougoslave. S’il est incontestable que les Etats-Unis ratèrent leur entrée dans le XXIème siècle comme puissance économique majeure à hégémonie indétrônable et peinent donc de plus en plus à façonner le monde à leur seul intérêt, ils restent pour plusieurs décennie encore la première force militaire et n’hésitent pas à en faire usage en première ligne ou en appui. Les attentats de Manhattan en 2001 ouvrirent une nouvelle ère qui devait transgresser les survivances du clivage Est-Ouest ou celui du Nord-Sud par l’imposition de la guerre mondiale contre le terrorisme comme seul axe pertinent auquel chacun était sommé de se rallier. Les réticences qui se firent jour montrèrent les limites de l’exercice et la difficulté de son inspirateur à rallier comme avant autour de lui.
Mais ces transformations profondes s’accompagnèrent d’une troisième mutation qui cheminait depuis longtemps à bas bruit et d’un coup s’accéléra : le processus de mondialisation. Au départ principalement circonscrit aux pays de la Triade auxquels s’ajoutaient quelques pays « émergents » notamment asiatiques, le phénomène happa bien vite toute la planète, y compris le continent africain que l’on croyait à l’écart des grands flux mondiaux et dont les richesses énergétiques et minières firent l’objet de toutes les convoitises. Longtemps centré sur l’Atlantique le moteur de la croissance mondiale bascula vers l’Asie pacifique. La Chine devint l’atelier du monde, lieu recherché des délocalisations et place d’accueil des investissements directs. Les balances commerciales s’inversèrent et les excédents naguère au Nord se retrouvèrent au Sud, chez les pays exportateurs de produits manufacturiers et les pays pétroliers ou miniers. Comble d’ironie, certains de ces pays ayant acheté des bons du Trésor américains se retrouvent détenteurs de fortes créances sur les Etats-Unis. Aujourd’hui la part des pays du Sud dans le PIB mondial égale celle des pays avancés. Les taux de croissance élevés sont au Sud. Des alliances se tissent, notamment celle des BRICs –Brésil, Russie, Inde, Chine, rejoints par l’Afrique du Sud – et cherchent à peser dans les décisions mondiales en exigeant des contreparties politiques à leur essor rapide. L’appartenance au symbole du pouvoir mondial- le statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies – est fortement revendiquée et sa porte ne pourra longtemps rester fermée. Toutes les grandes négociations internationales, qu’elles concernent le commerce mondial, les questions agro-alimentaires, l’accès à la technologie ou le changement climatique portent en elles un potentiel d’affrontement entre le Nord et le Sud. C’est bien toujours cet axe qui reste polarisant, même s’il convient d’admettre qu’il existe des Suds marqués par des trajectoires différentes et même des Nords, et que la frontière est de plus en plus interpellée et fluide au gré des circonstances et des intérêts. Certains pays du Sud participent déjà depuis des années à l’OCDE, le club des pays riches. La multiplication des groupes à géométrie variable (G2, G8, G20, etc.) atteste de la difficulté de la mise en catégorie. Mais une chose est sûre : la mondialisation a bien bousculé l’ordre du monde et fait bouger les lignes des rapports de puissance. Elle s’est jouée et se joue des nations. Partout cela a signifié rapprocher le capital du travail moins cher et moins protégé en utilisant à la fois les délocalisations et les flux migratoires.
Dans cette période, une quatrième césure a émergé. C’est l’apparition d’un paradigme qui souligne la montée des problèmes globaux à solution coopérative, déclinés en liaison avec les thématiques du « rétrécissement de la planète », d’épuisement de ressources et donc d’une nécessaire gestion planétaire. Il existe en effet des risques globaux qui affectent le monde en tant que planète et mettent en cause les supports biophysique de sa survie en tant que système.
Il existe des problèmes qui affectent plusieurs nations et ne peuvent trouver de solution dans le cadre d’un seul pays. Au delà des questions d’environnement ou de sécurité, surtout associées maintenant à des risques de prolifération nucléaire, bactériologique ou chimique, plutôt qu’à une guerre mondiale nucléaire, on retrouve tout ce qui est lié au développement de la drogue ou à l’emprise montante des maffias, aux épidémies incontrôlables, aux déplacements massifs de populations attestant de l’impossibilité de continuer à vivre sur son territoire que les causes en soient économiques, humanitaires ou militaires. Ces phénomènes sont devenus explosifs et peuvent s’étendre à la planète entière en raison de la forte fragilité qui découle des caractéristiques de la période présente: croissance exponentielle des grandeurs à hautes valeurs absolues déjà atteintes dans un contexte de saturation et de forte interdépendance. L’action de l’homme sur son environnement - qu’il s’agisse des pollutions ou de l’usage intensif des ressources naturelles non renouvelables - a fait l’objet d’importants questionnements conduisant à l’adoption du concept de développement durable lors de la Conférence de Rio en 1992. Toutes ces questions sont devenues des préoccupations majeures qui parcourent la planète et autour desquelles des affrontements ou des coopérations jadis peu pensables, comme celle entre les Etats-Unis et la Chine autour de la recherche d’énergie moins carbonées, sont apparues.
Ce bousculement du monde laisse évidemment beaucoup de questions ouvertes.
Le regard que l’on porte sur la mondialisation a beaucoup changé en l’espace d’une trentaine d’années. La formidable montée en puissance des émergents s’est opérée dans cette période et donc à l’ombre de ce processus. Elle a touché, on l’a signalé, ceux qui n’avaient pas suivi les recommandations du consensus de Washington et qui avaient donc œuvré à un développement « indépendant », plus résilient vis-à-vis de la conjoncture mondiale, plus protecteur, moins ouvert à la finance internationale et donc soucieux de mobiliser l’épargne nationale et qui avaient su profiter d’un taux de change compétitif pour s’affirmer sur les marchés mondiaux, sans négliger pour autant leur marché intérieur. Bref, ils se sont protégés au maximum de la mondialisation financière déstabilisante et ont su s’engouffrer dans les failles de la mondialisation commerciale où ils sont devenus des acteurs redoutés. Mais cette intégration internationale a partout généré des contraintes « externes » qui ont exacerbé les tensions internes au sein des populations.
Les pays émergents se sont affirmés et pèsent dorénavant plus dans l’arène mondiale. Reste à savoir si leur ambition les pousse à arracher toujours plus de miettes aux pays industrialisés pour co-partager le monde à leur propre avantage ou à agir en porte-voix des intérêts de l’ensemble des pays du Sud ? A cet égard la Chine se trouve dans une situation paradoxale. Elle se présente en porte-parole des pays du Sud, mais se trouve dans le même temps dans une démarche de co-partenariat sur de grandes questions mondiales avec les Etats-Unis tout en construisant des relations avec son environnement régional voire l’Afrique qui dissimulent mal une posture hégémonique de grande puissance.
Ces émergences capitalistes au sein des pays du Sud se sont réalisées dans un océan de misère qui a certes vu poindre des classes moyennes. Mais elles ont aussi permis une grande montée des inégalités. Cela doit interroger sur la nature hybride de ces pays où coexistent tout à la fois un potentiel scientifique et industriel à faire pâlir d’envie nombre de pays industrialisés et une masse de pauvreté qui renvoie pour l’essentiel aux stigmates du sous-développement, et ce pour encore plusieurs générations.
Dans le même temps des traits du Sud se sont étendus au Nord. La protection sociale y a reculé au profit de la précarité et de remises en cause de nombreux acquis sociaux appelées « réformes », souvent justifiées au nom de la mondialisation, la grande ou la plus exacerbée, l’européenne. L’endettement des Etats a gagné le Nord y générant comme hier les plans d’ajustement du Sud, des politiques d’austérité présentées comme incontournables. La mondialisation a non seulement brouillé les rapports Nord-Sud mais également des formes de solidarité internationale qui en découlaient. Nous sommes entrés dans une période où l’intérêt commun se manifeste d’emblée entre les acteurs de luttes autour de la planète. Au Nord, la victime des politiques d’austérité remettant en cause les acquis constitués comprend spontanément le sens des luttes de ceux qui, au Sud, combattent les politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI. Il s’agit de luttes dont la convergence est d’emblée perçue et dont la disparité dans la situation des acteurs ne fait pas obstacle à leur mise en relation. Certes, en mettant en concurrence travailleurs et Nations, la mondialisation apparaît comme un facteur de grande insolidarité, mais dans le même temps en rétrécissant la planète elle aide à la conscience d’un rapprochement de luttes. La « crise grecque » actuelle qui se voit imposer les recettes du FMI, illustre et actualise ce propos. Il serait dangereux dans ce contexte de spéculer sur des divergences d’intérêt entre peuples du Sud et peuples du Nord. C’est bien la même planète qu’il convient de reconstruire. Ensemble !

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19
Site : http://www.recherches-internationales.fr/
Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 21:36

L’affaire Bettencourt censurée par la justice de Versailles
04 juillet 2013 | Par Edwy Plene
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La Cour d’appel de Versailles a ordonné à Mediapart, jeudi 4 juillet, de supprimer toute citation des enregistrements de l’affaire Bettencourt. Son arrêt nous interdit, de surcroît, de les mentionner à l’avenir. Trois ans après nos révélations, cette décision est bien plus qu’une atteinte à la liberté de l’information : c’est un acte de censure.

la mort de Mediapart. Ils se nomment Marie-Gabrielle Magueur, président, Annie Vaissette, conseiller, Dominique Ponsot, conseiller, et siègent à Versailles, à la première chambre de la cour d’appel. Dans une décision ubuesque, aussi aberrante factuellement qu’inconséquente judiciairement, ils nous ordonnent de supprimer, sur l’ensemble du site, tout extrait des enregistrements du majordome qui sont à l’origine de l’affaire Bettencourt et nous interdisent d’en publier à l’avenir. Le tout à compter de huit jours suivant la signification officielle de l’arrêt et, passé ce délai, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard et par infraction constatée.

À raison de 894 articles de notre Journal consacrés depuis juin 2010 à l’affaire Bettencourt et de 1 615 billets de blogs du Club où nos abonnés les commentent, sans compter les nombreuses vidéos évoquant ou citant les enregistrements, l’addition se chiffre rapidement en centaines de milliers d’euros et, si nous nous entêtions, en millions. Avec votre soutien, nous avons devant nous une petite dizaine de jours pour tenter d’empêcher qu’un voile noir portant le mot CENSURE ne vienne empêcher la lecture de tous nos articles et de tous vos billets sur l’affaire Bettencourt. Car, si nous allons évidemment nous pourvoir en cassation contre cet arrêt inique, cette décision est immédiatement exécutoire.

Il vous reste donc une grosse semaine pour tout savoir sur Mediapart (notre dossier complet est ici et là), tout y apprendre de cette affaire immensément exemplaire des pratiques oligarchiques qui ruinent notre République, tout en partager pour que nul n’en ignore à l’heure de l’horizontalité numérique. Et, sait-on jamais – car c’est, pratiquement, la seule solution –, pour faire comprendre, grâce à votre protestation massive, à Liliane Bettencourt, à sa famille, à son tuteur, à ses avocats, qu’ils doivent renoncer à faire appliquer cette décision qui sanctionne ceux-là mêmes qui, par leurs révélations, ont sorti Mme Bettencourt des mains de ceux qui abusaient de son état de faiblesse.

Car c’est l’énième folie de cette histoire qui n’en a jamais été avare : c’est à la demande de Liliane Bettencourt que cet arrêt est rendu (le lire ici en PDF), associée pour l’occasion à son ancien chargé d’affaires Patrice de Maistre, lui aussi demandeur (lire là ce second arrêt). Voici donc Mediapart curieusement récompensé par l’entourage de la troisième fortune de France pour son action désintéressée au service non seulement de la vérité mais de la protection d’une personne âgée, victime d’agissements qui sont au centre de l’instruction judiciaire de Bordeaux et dont les protagonistes ont, tous, depuis été contraints de quitter le service de la milliardaire.

L’affaire Bettencourt n’a cessé de nous révéler l’existence de deux justices en France. L’une qui accepte la vérité, l’autre qui la censure. L’une qui se soucie de l’intérêt public, l’autre qui veille aux puissants. L’une qui respecte les lanceurs d’alerte, l’autre qui ne connaît que l’entre soi des initiés. Ainsi, c’est le jour même où, à Bordeaux, l’ancien ministre et trésorier de l’UMP Éric Woerth et l’ex-gestionnaire de fortune Patrice de Maistre sont renvoyés devant le tribunal pour « trafic d’influence » (lire ici), que Mediapart apprend, à Versailles, qu’il doit supprimer les informations qui ont révélé à la France entière les faits en cause, dont s’est ensuite saisie la justice.

Non sans mal, puisque cette bataille pour la justice au sein même de la justice eut pour premier théâtre Nanterre, avec un procureur de la République s’acharnant à entraver la vérité durant quatre mois. Tout comme elle se poursuit aujourd’hui à Bordeaux avec les incessantes tentatives de déstabilisation et de récusation des juges d’instruction bordelais (Jean-Michel Gentil, Cécile Ramonatxo et Valérie Noël) à l’initiative des divers protagonistes – parmi lesquels, excusez du peu, l’ancien président Nicolas Sarkozy – dont nos informations ont révélé les arrangements intéressés, les conflits d’intérêts, les affaires imbriqués et le peu de cas dont ils faisaient des lois communes, parmi lesquelles la première d’entre elles, la loi fiscale.

Et il faudrait, sous le coup d’une décision aberrante, fût-elle institutionnellement de justice, supprimer trois ans après leur révélation toute évocation, mention, citation, recension, démonstration, etc., des faits qui ont provoqué le séisme Bettencourt ? De ces faits dont la justice s’est saisie et qui seront, un jour prochain, débattus en public devant un tribunal ? De ces enregistrements clandestins qu’elle a, de longue date, admis comme preuve matérielle des infractions qui l’occupent, par un arrêt du 31 janvier 2012 de la Cour de cassation ? De ces preuves sonores de l’état de faiblesse de Mme Bettencourt et, par conséquent, des abus auxquels il a pu donner lieu autour d’elle ?

Souvenez-vous de la tempête de l’été 2010. Sans les révélations de Mediapart, appuyées sur ces preuves justement, il n’y aurait pas eu cette « Commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique », dont le rapport, sans effet immédiat hélas, ouvrait le débat dont s’est aujourd’hui saisi le Parlement sous le choc d’un autre dossier mediapartien, l’affaire Cahuzac. Sans la publicité donnée par notre enquête à cette fraude, il n’y aurait pas eu non plus le gain de plusieurs dizaines de millions d’euros par l’État après le redressement fiscal visant les avoirs offshore non déclarés de Mme Bettencourt. Sans notre feuilleton, il n’y aurait pas eu l’amorce de ce débat, désormais national, sur l’ampleur de l’évasion fiscale et sur ses liens avec des financements politiques illicites.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 21:31

La Turquie doit mettre fin à l'utilisation abusive de la force et rendre public le nombre des blessés


La police a utilisé des gaz lacrymogènes de manière injustifiée sur les manifestants. © BULENT KILIC/AFP/Getty Images [04/06/2013]

Pour la troisième journée, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes dont Ankara, Istanbul et Izmir, où la police a riposté avec une violence sans précédent. Les autorités n'ont pas confirmé le nombre des blessés, qui s'élèverait à plusieurs milliers. Certains sont toujours hospitalisés dans un état critique.

Le nombre de militants qui ont été blessés à travers la Turquie du fait de l'utilisation abusive de la force par la police continuera à augmenter tant que les autorités n'auront pas pris des mesures pour que les méthodes policières soient conformes aux normes fondamentales en matière de droits humains.Le nombre de militants qui ont été blessés à travers la Turquie du fait de l'utilisation abusive de la force par la police continuera à augmenter tant que les autorités n'auront pas pris des mesures pour que les méthodes policières soient conformes aux normes fondamentales en matière de droits humains.

Trois jours après le début d'une répression policière jusqu'alors inégalée contre les manifestants, les autorités turques n'ont guère exprimé de regrets et n'ont fait état d'aucun changement dans les méthodes de la police

John Dalhuisen
Directeur du Programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Il est fondamental que les autorités turques fassent cesser la violence policière et qu'elles en tirent des leçons pour le maintien de l'ordre lors de mouvements de contestation futurs. Il leur appartient aussi de publier une liste complète des personnes blessées à l'issue des manifestations et de la nature de leurs blessures, et de veiller à ce que les responsables soient tenus de rendre compte de leurs actes.

La police continue à viser les manifestants pacifiques
Lundi 3 juin, la police a continué à faire usage de la force contre des manifestants pourtant pacifiques : une force excessive aurait été utilisée contre des centaines d'entre eux dans la capitale, Ankara.
L'Union des médecins de Turquie a informé Amnesty International que jusqu'à 1 500 personnes, blessées lors des opérations policières contre les manifestations, ont été soignées dans plusieurs hôpitaux d'Istanbul ces deux derniers jours. Deux d'entre eux se trouvent entre la vie et la mort et cinq sont toujours dans les services de soins intensifs. Des informations antérieures, selon lesquelles au moins deux manifestants seraient morts après avoir participé à des mouvements de protestation à Istanbul, le 1er juin, se sont révélées sans fondement.
À Ankara, au moins 414 manifestants auraient été blessés, dont 15 grièvement.
D'après des informations fournies par l'association des médecins d'Izmir, au cours des deux derniers jours 420 blessés ont été admis dans les hôpitaux de l'ouest de la ville.
L'association a signalé que nombre des blessures avaient été occasionnées lorsque la police a fait usage de canons à eau et lancé des grenades lacrymogènes sur la foule. Elle craint que de nombreuses personnes n'aient perdu la vue du fait de ces méthodes policières.

Il n'y a pas lieu d'utiliser des canons à eau ni des gaz lacrymogènes contre des manifestants pacifiques. Il est particulièrement préoccupant que des gaz lacrymogènes soient utilisés dans des espaces confinés, où ils sont très dangereux pour la santé

JohnDalhuisen

Les autorités doivent veiller à ce que, lors d'une manifestation violente, la police n'intervienne que lorsque cela est strictement nécessaire pour protéger les personnes et les biens, conformément aux dispositions des normes internationales relatives aux droits humains. Amnesty International prie également les manifestants de ne pas se livrer à la violence.
Amnesty International invite les autorités turques à ouvrir rapidement des enquêtes indépendantes et impartiales sur les opérations de maintien de l'ordre menées au cours de ces manifestations, et à en rendre les résultats publics.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 21:20

Collection :
Revue S/A
Parution : 27/06/2013
ISBN : 9782365120265
128 pages
17 x 23
10 euros
Savoir/agir n°24


Politiques du logement

Collectif

« Au fil des époques successives, une répétition marque l’histoire du logement marchandise : c’est à la fois le lancinant problème de l’habitat populaire, et celui des difficultés de l’expansion du capitalisme dans le secteur immobilier. Les deux phénomènes sont intimement liés. Ils manifestent une contradiction structurelle à partir de laquelle on peut lire l’évolution des formes de production et de circulation du logement » Ces propos, écrits par C. Topalov il y a plus de 25 ans, pourraient être repris tels quels pour justifier la démarche qui caractérise tant ils semblent d’actualité. Le refrain de la « crise du logement », s’il est repris à l’unisson depuis quelques années, n’est pas nouveau. Il fait écho à un ensemble de dynamiques structurelles anciennes, liées notamment à un mouvement de marchandisation du logement, qui s’est intensifié ces dernières décennies après avoir été endigué partiellement dans l’après-guerre. Ce mouvement de marchandisation généralisée, en France et en Europe, tend à exclure les moins nantis, et confronte une proportion croissante des « classes moyennes » à une augmentation des prix et aux difficultés qui l’accompagnent.

Coordination : Fabien Desage (Lille 2/CERAPS, Université de Montréal) et Manuel Schotté (Lille 2/CERAPS)

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 21:17

Le peuple Bolivien méprisé


Le MRAP n'a certes pas vocation à intervenir dans les rapports diplomatiques mais ne peut non plus oublier que l'Amitié entre les Peuples est inscrite dans son sigle et au cœur de son histoire.

C'est donc avec consternation qu'il a appris l'interdiction faite au président Bolivien de survoler la France, d'emprunter - comme tout autre vol
- l'espace aérien français. Le MRAP ne peut que condamner ce qui constitue une violation des lois du trafic aérien international.

C'est la Bolivie et son peuple qui se voient ainsi méprisé à travers le traitement indigne qui a été appliqué à son président le mardi 2 juillet 2013.

Jamais le gouvernement français ou ses homologues italien, portugais et espagnol, n'auraient appliqué une telle décision au chef d'état d'une grande puissance. Ce grave incident traduit une certaine conception de la suzeraineté des rapports entre les peuples, que le MRAP réprouve.

En effet, cette décision s'inscrit dans une étrange démarche d'allégeance aux Etats-Unis, à l'heure précise où cette grande puissance est prise en flagrant délit d'ingérence et de mépris pour des peuples - en particulier, mais pas seulement - européens qui se voient mis "sous surveillance" des services secrets de l' "allié" américain.

La relation franco-américaine - avant tout ancrée dans les histoires solidaires des révolutions américaines et françaises - en sort singulièrement dégradée.

Le MRAP exprime toute sa profonde solidarité au peuple Bolivien ainsi méprisé.

Paris, le 4 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 16:25

Société - le 1 Juillet 2013

C'est un scandale!

Deux jeunes enfants victimes de la chasse aux étrangers

Des parents serbes et leurs enfants de cinq et un an sont enfermés depuis jeudi au centre de rétention de Lyon.

C’était une famille invisible, comme des dizaines de familles en demande d’asile qui sont actuellement assignées à résidence en France et qui, dans 90 % des cas, se voient refuser l’accueil, puis menacées d’expulsion. Monsieur et madame Osmani vivaient avec leurs deux enfants, âgés de cinq an et un an et demi, à Annecy, dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile. Depuis jeudi soir dernier, le couple et leurs deux garçons, Rion et Laurian, dorment au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry, en attente d’une expulsion vers leur pays d’origine, la Serbie. Inconnue du Réseau éducation sans frontières, la famille a été interpellée à son domicile par des policiers, le 26 ou 27 juin, qui avaient pour ordre de l’expulser par avion. Les parents s’y sont opposés et ont été placés au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry. Rion, l’aîné, était scolarisé à l’école Les Fins à Annecy et Laurian est né en France, en avril 2012.

Pour Catherine Tourier, militante de RESF Rhône, cette situation d’enfermement d’enfants en bas âge n’est pas tenable. « La politique migratoire de la France n’est autre qu’une philosophie de la chasse aux étrangers indésirables. Car la mise en rétention de très jeunes enfants montre les limites de l’assignation à résidence. Incarcérer des enfants relève d’une pratique barbare. Et si on les enlevait à leurs parents, cela le serait tout autant. »

La famille Osmani est arrivée en France en janvier 2010, pour demander l’asile. Sa demande a été rejetée. La préfecture de Haute-Savoie lui délivre alors une obligation de quitter le territoire français (OQTF), le 27 mars 2013, confirmée par le tribunal administratif, le 30 mars 2013. « Personne ne les a informés de leurs droits, de leur possibilité de recours… Sans lien avec des associations, ils ont donc continué à vivre “normalement”, jusqu’à l’arrivée des policiers chez eux », explique Catherine Tourier. L’assignation à résidence est plus que trompeuse. Les demandeurs d’asile n’ont pas conscience du danger qu’ils courent. Ils ne savent pas que seules 10 % des demandes sont acceptées. « La question de fond, poursuit la militante de RESF, c’est de savoir ce qu’il advient des familles déboutées du droit d’asile. Malheureusement, la réponse de ce gouvernement de gauche n’est autre que l’expulsion. » Pourtant, en 2012, le candidat Hollande s’était engagé à restaurer le droit d’asile...

Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, annonce un raccourcissement des délais pour les demandes d’asile et une expulsion rapide des déboutés. Des mesures qui risquent, d’après RESF, « de porter une atteinte grave à la possibilité de trouver un refuge pour tous ceux qui fuient des persécutions ou des zones de guerre ».

Ixchel Delaporte

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 15:59

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URGENT URGENT URGENT
APPEL A LA SOLIDARITE
Les ASL (agent des services logistiques) de la clinique mutualiste de St etienne sont en grève depuis lundi 1er juillet.
Mouvement lié à la réorganisation du service imposé par la direction avec des suppressions de postes et aggravation des conditions de travail
Le mouvement est soutenu par la CGT et FO
La direction joue le mépris total, refuse de discuter, pire, entrave le processus de consultation du CE
Un référé au tribunal va être lancé mais en attendant, elles ont décidé de reconduire le mouvement.
Cependant, certaines risquent de ne pas tenir longtemps pour des raisons financières évidentes.
Nous lançons un appel à la solidarité financière
Vous pouvez envoyer vos dons à l’USD 42 , nous les remettrons immédiatement aux salariés.
Merci de nous faire connaitre vos intentions au plus tôt, la reconduction du mouvement en dépend.
Merci à tous

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 13:21
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