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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 18:44

SOMMET DE L’OTAN À VARSOVIE : UN PARFUM DE GUERRE FROIDE

Jacques Le Dauphin

Directeur de l’Institut de documentation et de recherche sur la paix.

L’Otan s’est réunie en sommet à Varsovie les 8 et 9 juillet 2016. On notera que c’est la première fois qu’un sommet de l’Otan se tient dans un pays de l’est européen. Ce choix est symbolique de l’orientation prioritaire que l’on entendait donner à une telle rencontre. Si l’agenda comportait les réactions à un arc d’insécurité et d’instabilité existant aujourd’hui, en particulier au Moyen-Orient, il se voulait centré tout particulièrement sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la Russie, en réaffirmant une position commune.

Dès le début du sommet l’accent fut porté sur le relationnel avec la Russie et la nécessité d’établir une réelle dissuasion à son égard, laquelle serait garante de la sécurité collective en Europe. Les termes employés à ce sujet pouvaient rappeler les motivations qui avaient présidé à la création de l’Otan en 1949 vis-à-vis de l’Union Soviétique. Aujourd’hui c’est de la Russie qu’il s’agit. Est-ce la découverte d’une machine à remonter le temps ? On peut penser qu’en panne de raison d’être et de missions, l’Otan pour justifier son existence a besoin de faire valoir une menace, un ennemi désigné, en l’occurrence la Russie.

« Fermeté », »dialogue » furent préconisés à son égard. Lors du débat quelques pays tendaient à privilégier le dialogue, mais, sans occulter le dialogue une majorité optait pour la fermeté. En définitive le consensus s’est établi sur cette base. Ainsi le communiqué présenté par les chefs d’Etat et de gouvernement motive ce choix en ces termes « les actions agressives de la Russie, y compris son activité provocatrice à la périphérie du territoire de l’Otan, sa volonté avérée d’atteindre des objectifs politiques sous la menace de la force, présentent un défi fondamental pour l’Alliance ». Ainsi la Russie représente une menace stratégique par ce qu’elle réagit contre les avancées de l’Otan dans sa zone d’influence. De fait l’Alliance dissuade mais ne veut pas être dissuadée. C’est dans cet esprit que la Russie est considérée comme une menace existentielle, la fermeté s’imposerait donc et certain pays comme la Pologne pensent que l’Otan « se doit de montrer les dents ».

Le plus gros déploiement militaire aux frontières de la Russie

Décision a été prise de déployer quatre bataillons dans les Etats baltes et en Pologne. Ce renforcement va se traduire, notamment par l’envoi de 4 000 hommes (encadrés par quatre pays, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada), au plus près de la Russie. Le secrétaire général de l’Otan a déclaré « ces bataillons seront robustes et multinationaux (...) une attaque contre un allié sera ainsi considérée comme une attaque contre toute l’Alliance ». Ces troupes seront appuyées par la force « fer de lance », force de réaction très rapide, comptant 5 000 hommes et capable d’arriver sur place en quelques jours. Par ailleurs les Etats-Unis se proposent de déployer en 2017 une brigade blindée de 4 200 hommes, dont le quartier général sera situé en Pologne. Comme l’a déclaré le président Obama « la Pologne verra une présence accrue du personnel de l’Otan et des Etats-Unis, avec les équipements militaires les plus modernes ». Dans le sud de l’Europe, l’Otan entend s’occuper de plus en plus de la sécurité de la Roumanie et de la Bulgarie qui s’inquiètent du renforcement du dispositif militaire russe en mer noire. Elle prévoit d’envoyer une force destinée à rassurer ces pays, car à souligné un responsable américain, « nous percevons dans la zone de la Mer noire des signes d’intimidation ».

Bouclier antimissiles

Le bouclier antimissiles est un projet américain de longue date. Sous la pression des États-Unis, l’Otan a pris en 2010 la décision de déployer un tel système sur le territoire européen. Le sommet a donné le coup d’envoi. Ce système disposera dorénavant d’une capacité opérationnelle initiale. Les installations basées en Turquie, en Roumanie et en Espagne sont maintenant en mesure de fonctionner. Le quartier général sera situé à la base de Ramstein en Allemagne. Il reste que ce bouclier pose questions au sein de l’Alliance. Les Etats-Unis maîtrisent totalement le projet, ils ont déjà investi 200 milliards de dollars. Le poids américain est donc déterminant. Dans cet esprit des craintes se sont exprimées sur le coût d’une telle réalisation à laquelle tous les membres seraient amenés à contribuer, et sur la fiabilité réelle du projet sur le territoire européen, que des experts tendent à remettre en cause. Le commandement du bouclier sera-t-il américain, plaçant de facto la sécurité des Européens sous la dépendance directe des États-Unis ? La question peut se résumer ainsi, qui décidera de l’interception et qui prendra la décision de réagir ? Dans le débat le secrétaire général de l’Otan a précisé « que ces installations fonctionneront sous commandement de l’Otan et sous son contrôle ». Lorsqu’on connait le leadership exercé par les Etats-Unis au sein de l’Organisation on ne peut qu’être septique sur cette affirmation. Les réserves françaises ne sont pas levées, concernant l’autonomie de sa force nucléaire. En effet le bouclier, compte-tenu des délais opératoires suppose une réponse unique. Sauf à intégrer la force nucléaire française dans un partenariat avec les dispositifs américain et britannique on ne voit pas la solution. La France s’est cependant rangée à la volonté américaine de déclarer opérationnelle la première brique du bouclier antimissiles de l’Otan.

Les réactions russes

Le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov a déclaré « lorsqu’une organisation qui fait de vous un ennemi s’approche, il faut réagir ». Ainsi la Russie déploie hommes et matériels, y compris des systèmes de défense anti-aériens et des missiles à Kaliningrad, l’enclave russe aux confins de la Pologne et de la Lituanie. L’armée russe mène des investissements dans les armes de précision et des équipements de déni d’accès, tels ses S400 qui créent une « bulle » au dessus de la Syrie. Ce sont ces capacités duales (conventionnelles et nucléaires) qui sont présentées par l’Otan comme une « sanctuarisation agressive. Mesures défensives agressives de part et d’autres sont placées au centre du débat. Par ailleurs depuis des années le projet de bouclier antimissiles constitue avec l’élargissement de l’Otan jusqu’aux frontières de la Russie une pomme de discorde entre l’Otan et Moscou. Ce dernier y voyant une rupture de l’équilibre stratégique et par conséquent une menace pour sa sécurité. C’est un redoutable problème stratégique, d’autant que le Pentagone prépare le lancement d’un programme de missiles de croisière nucléaires intercontinental. La Russie réagira. A ce rythme on s’achemine vers la reprise de la course aux armements nucléaires après 2021, date de l’expiration de l’unique accord de désarmement encore en vigueur (traité START) c’est à cette escalade que conduisent les décisions prises au sommet de l’Otan.

Coopérations Otan-UE renforcées

Jens Staltenberg a déclaré que le moment était venu de faire évoluer la relation entre l’Otan et l’Union européenne. En ce sens furent invités au sommet Donald Tusk et Jean-Claude Junker, respectivement président du Conseil européen, et de la Commission européenne. En marge du sommet ils ont rencontré Barack Obama, pour une réunion des dirigeants de l’Union européenne et des États-Unis. Ils ont signé une déclaration commune préconisant un renforcement de la coopération pratique dans certains domaines, telles que « le développement de capacités de défense cohérentes, complémentaires et interopérables ». Selon Jens Staltenberg « l’Otan et l’Union européenne ayant les mêmes intérêts stratégiques sont confrontées aux mêmes défis. Composées en grande partie des mêmes Etats (22 membres en commun), elles partagent les mêmes valeurs ». La démarche est claire, par le biais de l’Otan, les Etats-Unis font pression pour entrainer toujours davantage les Européens dans leur sillage afin d’adopter leur conception purement militaire de la sécurité européenne. Cette conception serait-elle la seule voie ? Une autre conception serait possible, plus réaliste, moins dangereuse, plus pacifiste, celle d’une sécurité paneuropéenne. Mais dans cet esprit l’Otan est un obstacle à lever pour permettre aux Européens d’acquérir une véritable autonomie stratégique. La France se grandirait à la faire valoir, en préconisant notamment la sortie de l’Otan, du moins pour elle-même. C’est une démarche à faire grandir dans l’opinion

Juillet 2016

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 20:27

Communiqué du MRAP 93

Deux expulsions viennent d'avoir lieu sur notre territoire le 6 juillet à Coignet à Saint Denis, le 26 juillet à Saint Ouen.

Les occupants de Coignet étaient suivis par le Préfet de région dans le cadre d'une plateforme dite "Accompagnement Insertion Orientation Soutien (AIOS 1)". Elle s'est révélée inefficace en termes d'alternatives de logement et d'accompagnement.

Les occupants de Saint Ouen, installés de longue date n'étaient pas suivis.

La récente expulsion du bidonville des Poissonniers à Paris le 3 février démontre qu'en absence de propositions durables, les bidonvilles se reconstituent dans la proximité territoriale (Saint Denis, Pierrefitte, Saint Ouen...)

Nous savons que des menaces pèsent sur le terrain Wilson et au 51 rue de Strasbourg tous deux à Saint-Denis.

Le MRAP 93 considère que ces deux terrains constituent une urgence d'intervention pour la nouvelle plateforme régionale gérée par M. Normand sous l'égide de M. Carenco le Préfet de Région. Cette nouvelle plateforme dite AIOS 2 doit tirer des leçons des échecs précédents et se fixer des objectifs de solutions alternatives pérennes, autres que des nuitées d'hôtels ou la reconstitution de bidonvilles souvent à proximité ou dans les villes voisines, afin de sortir dignement de la précarité et construire des projets de vie.

Les associations de terrain doivent être informées et être associées au comité de pilotage chargé du suivi et de l'avancement des dossiers.

Les collectivités quant à elles doivent pendant cette période prévenir au mieux tout risque d'accident, d'épidémie et assurer le confort et l'hygiène.

Nous constatons que les bidonvilles sont majoritairement installés sur des territoires socialement fragiles : c'est un handicap pour la qualité de l'accès aux droits fondamentaux. L'Etat doit être plus efficacement présent dans nos territoires où se concentrent le plus de bidonvilles, territoires qui, se sentent trop souvent, du fait des discriminations multiples, les oubliés de la République.

La disparition des bidonvilles, doit obéir à une autre logique que l'expulsion sèche, quels que soient les prétextes invoqués. Un véritable plan régional doit organiser l'accompagnement et l'accueil de ces minorités maltraitées au sein de petites structures réparties sur la région et qui valorisent les compétences et le savoir-faire des Roms.

Toutes les collectivités doivent être concernées, y compris de manière contraignante.

Bobigny, le 26 juillet 2016

Marie-Annick Butez

Trésorière

MRAP

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 19:06
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 19:34
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 22:04
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 21:57
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 21:54
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 19:50
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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 19:48

CHLOÉ MAUREL

Historienne, spécialiste des Nations unies

Auteure de Histoire des idées des Nations unies. L’ONU en 20 notions, Paris, L’Harmattan, 2015.

La tuerie de Nice le 14 juillet 2016 (83 morts), après celle du Bataclan le 15 novembre 2015 (130 morts) et celles de Charlie Hebdo et de l'hyper cacher de la porte de Vincennes en janvier 2015 confirme un peu plus, aux yeux de beaucoup de nos compatriotes, que nous sommes engagés dans une guerre. Effectivement, la France est clairement engagée militairement en Syrie et en Irak, et ce sur un mode crescendo : depuis les débuts de l'opération «Chammal» en septembre 2014, la France a effectué plus de 4 000 sorties aériennes et a mené plus de 600 frappes, tuant environ 1 100 personnes. Et le président Hollande a affirmé récemment vouloir encore intensifier ces frappes. Il a aussi annoncé vouloir intensifier l'opération «Barkhane» au Sahel, qui est en cours depuis plusieurs mois contre les groupes djihadistes dans le nord du Mali. Et face à l’épuisement de l’armée française déployée pour des missions de surveillance sur tout le territoire français, l’on parle même à présent de faire appel aux réservistes.

Plutôt que d'intensifier nos attaques aériennes qui ont fait des dizaines de victimes civiles innocentes, notamment des femmes et des enfants, il faut arrêter ces frappes en Irak et en Syrie! Sinon nous serons pris dans une spirale infernale, celle d'une guerre qui frappera de plus en plus de civils qui n'ont rien à voir avec tout cela, en Syrie comme en France. Et cela pourrait bien entraîner un éclatement de la société française, un repli des communautés sur elles-mêmes, une xénophobie croissante, et même l'arrivée du fascisme au pouvoir! C'est justement ce que veulent aussi bien les islamistes que l'extrême droite, à savoir scinder la société, exacerber les clivages, les haines : entre musulmans et non-musulmans, entre Occidentaux et réfugiés...

Ce n'est pas à la France de faire le gendarme du monde, il y a une organisation internationale qui a été créée pour cela voilà plus de 70 ans : c'est l'ONU, l'Organisation des Nations unies! Elle a justement été créée pour éviter que de telles dérives se produisent. L'ONU est souvent taxée d'impuissance et d'inefficacité, et c'est vrai qu'elle est souvent insuffisamment efficace ou court-circuitée par d'autres instances (OTAN, G7, OCDE...), mais justement c'est à nous, les États, c'est à nous, les peuples, de pousser pour rendre à l'ONU tout son rôle, le rôle qui lui a été attribué dans la Charte de l'ONU de 1945, très beau texte et toujours d'actualité. L'ONU a créé en 1948 les «casques bleus», qui ont depuis leur création été engagés dans une soixantaine de missions de paix, et ont souvent permis de régler des conflits épineux et de rétablir la paix. Ils ont d'ailleurs obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1988. Au delà du «maintien de la paix» (peacekeeping), l'ONU est aussi à même de faire de la «consolidation de la paix» (peacebuilding), comme l'a théorisé son Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali en 1992, c'est-à-dire aider un pays à construire ou reconstruire, sur le long terme, un État de droit, démocratique, en organisant des élections, en formant les citoyens aux idées démocratiques, etc. Et, depuis 2001, l'ONU a développé l'idée de la «responsabilité de protéger», qui affirme que si un État n'est pas en mesure de protéger sa population, il revient à la communauté internationale, donc à l'ONU, de le faire. Ainsi, l'ONU est particulièrement bien placée pour intervenir dans le conflit syrien et le résoudre.

Au lieu de dépenser des sommes colossales dans l'armement et dans ces frappes meurtrières à l'étranger, la France devrait consacrer son argent à financer davantage les services publics comme la santé, l'éducation, la culture, l'aide à l'emploi... Ainsi, cela réduirait la fracture au sein de la société, le sentiment de beaucoup de Français de se sentir exclu, la frustration et l'amertume qui conduit bien des jeunes à se réfugier dans la radicalisation islamiste, et d'autres à adopter des réflexes xénophobes et à écouter les sirènes fascistes.

En outre, il y a une contradiction dans l'attitude de la France: alors que le président Hollande affirme vouloir lutter contre Daesh, il entretient de bonnes relations avec l'Arabie saoudite, pays qui défend le wahhabisme, islamisme puritain et sectaire dont se nourrit Daesh. Le président Hollande a ainsi en mars 2016 décoré de la légion d'honneur le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Nayef, également ministre de l'Intérieur de son pays, alors que rien ne justifiait cette décoration, au contraire. De plus, la France a conclu d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite. Comme l'affirme l'écrivain algérien Kamel Daoud, l'Arabie saoudite n'est que la face propre et respectable de Daesh : « Daech noir, Daech blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’État islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre», écrivait-il après les attentats du 13 novembre 2015 dans le New York Times[1].

À l'appui de ce jugement, dans une tribune publiée par Le Monde le 17 novembre 2015, les historiens Sophie Bessis et Mohammed Harbi ont montré, également, l’existence d’une filiation idéologique entre Daesh et l'Arabie saoudite. «Exigeons que la France mette un terme à ses relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les deux monarchies où l’islam wahhabite est la religion officielle, tant qu’elles n’auront pas coupé tout lien avec leurs épigones djihadistes, tant que leurs lois et leurs pratiques iront à l’encontre d’un minimum décent d’humanité. »[2]

Il faut donc au plus vite que la France et les autres pays occidentaux mettent un terme à leur attitude contradictoire qui fait que nous, les Occidentaux, entretenons de bonnes relations avec l'Arabie saoudite, qui fait le lit du djihadisme, et que nous vendons (indirectement certes, mais quand même) des armes à Daesh, et achetons (indirectement certes mais quand même) du pétrole à Daesh. Si tous les pays occidentaux coupent les financements à Daesh et cessent de lui vendre des armes, et si l'on confie à l'ONU la mission de rétablir la paix en Syrie et d'y organiser des élections et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement démocratique, on pourra résoudre ce dangereux guêpier.

N’oublions pas que l’ONU et la France, historiquement, ont une responsabilité envers la Syrie : ce territoire faisait partie de l’ancien Empire ottoman, vaincu à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Du fait du démantèlement de l’Empire ottoman, la Syrie a été confiée à partir de 1920, ainsi que le Liban, à la France en tant que mandat de la Société des Nations (SDN), l’ancêtre de l’ONU, tandis que l’Irak et la Palestine, autres anciens territoires ottomans, étaient confiés à la Grande-Bretagne, également comme mandats de la SDN. Cela signifiait que ces puissances occidentales étaient censées veiller sur ces territoires, sous l’égide de la SDN, pour les amener progressivement vers l’indépendance et vers un gouvernement démocratique. Mais en réalité, la France, en Syrie, a souvent encouragé le communautarisme et le confessionnalisme. Elle a aussi réprimé violemment la « Grande Révolte syrienne » de 1925-26. Puis, en 1941, les Forces françaises libres, constituées de Résistants français, ont déclaré l’indépendance de la Syrie. La Syrie est devenue officiellement indépendante en 1946, les dernières troupes françaises ont alors quitté le pays. Si l’indépendance de la Syrie a ainsi été accompagnée et guidée par la SDN puis l’ONU ainsi que par la France, puissance mandataire, ce processus n’a pas été effectué de manière irréprochable puisque la France a encouragé les germes du fondamentalisme islamique au sein de la population syrienne, phénomène dont on ressent les conséquences et les dégâts aujourd’hui.

À présent, pour sortir du guêpier syrien et éviter qu’il ne se transforme en une troisième guerre mondiale, la France doit cesser de se prendre pour le gendarme du monde, elle doit confier le rétablissement de la paix et de la démocratie en Syrie à l’ONU, il est inutile et même nuisible qu’elle agisse elle-même. Par contre, là où la France peut se rendre utile, c’est en accueillant des réfugiés, en les traitant dignement comme des êtres humains et non comme des parasites, des pestiférés, des délinquants ou des terroristes, ce qu’ils ne sont pas. En 2015, on a compté plus de 63 millions de personnes déplacées dans le monde, c’est-à-dire presque l’équivalent de la population de la France ! Tous ces problèmes sont liés, et l’ONU seule est en mesure de les résoudre (elle dispose ainsi pour les réfugiés du Haut Commissariat aux Réfugiés, créé en 1950, et de la Convention de Genève sur les réfugiés, adoptée en 1951). Pour permettre à l’ONU de remplir ses missions efficacement, il faut que la France montre l’exemple aux autres pays en faisant confiance à cette organisation mondiale et en lui donnant les moyens d’agir !

Juillet 2016

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/ Mail : recherinter@paul-langevin.fr

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[1] Kamel Daoud, « L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi », New York Times, The Opinion Pages, 20 novembre 2015, en ligne en français sur : http://www.nytimes.com/2015/11/21/opinion/larabie-saoudite-un-daesh-qui-a-reussi.html?_r=1

[2] Sophie Bessis et Mohamed Harbi, « Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen Orient », Le Monde, 17 novembre 2015, en ligne sur : http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2015/11/17/nous-payons-les-inconsequences-de-la-politique-francaise-au-moyen-orient_4811388_3232.html

Voir aussi : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/11/21/letat-islamique-a-un-pere-larabie-saoudite-et-son-industrie-ideologique/

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 18:23
La CGT répond.....
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