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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 20:03



1994-2013: RWANDA, le refus de l'oubli,  le devoir de justice
 

 

Il y a 19 ans, le 7 avril 1994, débutait au Rwanda le génocide des Tutsis. En 100 jours, un million de personnes, hommes, femmes, enfants, étaient massacrés, pour être nés Tutsis ou pour s'être opposés à cette extermination.

Ce génocide a été accompli par les ex-Forces Armées Rwandaises (FAR) et les milices dites “Interahamwhé” du général Habyarimana. Ce pouvoir a reçu de manière continue et appuyée le soutien du gouvernement français, tant au plan politique, militaire que financier, avant, pendant et après le génocide.

Des tueries, considérées comme des "répétitions générales" s'étaient déjà déroulées de 1990 à 1993. Deux mois avant le début du génocide le journal " la Médaille Nyiramacibiri " avait écrit " la race tutsi pourrait être éliminée ". Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, Radio " Mille Collines " multipliait les appels au massacre " il reste de la  place dans les tombes, qui va nous aider à les remplir ? » L'extermination avait bel et bien était programmée de longue date.

Le premier accord de coopération militaire entre les Présidents Valéry Giscard d'Estaing et Juvénal Habyarimana, datant de juillet 1975, est bien antérieur au génocide. Les militaires de l'opération « Noroît », censés assurer une protection des ressortissants français et étrangers ont participé à des opérations d'identification de civils qui devaient présenter une carte d'identité sur laquelle figurait la mention "Hutu" ou "Tutsi".
 Dès le début du génocide, la France a voté au Conseil de sécurité en faveur du retrait des casques bleus destinés à protéger les civils rwandais et a continué secrètement de fournir des armes au gouvernement génocidaire .Enfin, une fois le génocide accompli, l'opération "Turquoise" avait pour objectif, derrière une mission d'assistance humanitaire, de bloquer l'avancée des combattants du FPR et d'organiser la fuite des génocidaires.

Solidaire dès le mois d'avril 1994 du peuple rwandais, le MRAP considère qu'il y va de notre conscience morale de refuser l'oubli de cette tragédie mais également que toute la vérité soit faite sur les responsabilités notamment de la France. Il attend du nouveau gouvernement une reconnaissance publique du rôle de la France, ainsi que l'engagement de démarches pour l'établissement de la vérité, notamment en rendant
 accessibles toutes les archives de l’époque et en levant le secret  défense sur les pièces refusées aux juges d’instruction dans les   affaires judiciaires en cours.

Le MRAP s'associe à la demande d'Ibuka – France pour un lieu de mémoire du génocide des Tutsis  à l'occasion du  20éme anniversaire en 2014  et appelle à signer la pétition surhttp://memoire2014.wesign.it/fr


Paris le 8 avril 2013

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 21:13

Un combattant de liberté parmi nous.

par Kaaw Touré (Articles), lundi 8 avril 2013, 08:44

Mouhamadou Kaaw Touré, un combattant de la liberté parmi nous!

 

 

Derrière le sourire permanent de ce combattant de la liberté se dessinent les souffrances de l´exil, de la torture, de la prison et de la solitude. La vie de Mouhamadou ou Kaaw Touré pour les intimes est toute une histoire. Histoire d´amour pour la liberté mais surtout l´amour pour son pays et son peuple. Kaaw qui vient de célébrer son anniversaire le 11 novembre dernier a passé la moitié de sa vie en exil entre le Sénégal et la Suède.

 

  Conscience politique précoce

 

C´est en decembre 1987 que KaawTouré, pourchassé par les autorités mauritaniennes, quitte Djeol, son village natal situé dans le Sud de la Mauritanie en Afrique de l´Ouest pour rejoindre Dakar la capitale du Sénégal voisin. Exil provoqué par la repression de son mouvement, certes, mais surtout par l´ardent désir de continuer une lutte engagée dès l´âge de 15 ans. Conscience politique précoce donc, qui dès les années du collége et lycée est venue troubler une trop courte période résérvée à la naïveté de l´adolescence:"Le milieu dans lequel j´étais et grandi m´a très tôt influencé, dit-il. Ensuite, il y a la situation politique du pays.Tu ne peux pas rester insensible à ce que tu subis au quotidien si tu as un minimum de dignité. Les provocations, la discrimination envers les Noirs à l´école, dans l´administration, dans l´armée, dans la rue, partout".

 

Militant du Mouvement des Eléves et Etudiants Noirs, il participe à l´organisation de manifestations culturelles, à la mise en place de conférences en présence d´intellectuels descendant de la capitale et à la publication d´un journal scolaire. C´est en mars 1983, date de la création des FLAM, que le discours politique de Kaaw et de ses camarades prend une autre envergure. Fusion de plusieurs mouvements politiques, dont celui des étudiants et des éléves, anti-raciste et anti-esclavagiste par essence, les Forces de libération africaines de Mauritanie FLAM se veulent d'être une organisation non ethnique et non raciale dont l´objectif est d´éradiquer toute forme d´oppression et de discrimination en Mauritanie. Le manifeste du négro-mauritanien opprimé publié en 1986 sonnera le point de départ de cette nouvelle donne:"Nous avions fait une analyse en montrant chiffres à l´appui les caracteristiques et les manifestations de la discrimination dans tous les secteurs de l'Etat" . Coup d´envoi d´une prise de conscience politique mais aussi début de la clandestinité. Du 4 septembre 1986 jusqu´au début de janvier 1987, une centaine de militants , d´intellectuels et d´étudiants sont arrêtés. Kaaw en faisait partie. Il avait à peine 19 ans. Kaaw se souvient comme si c´était hier de son arrestation. Il revoit encore la dizaine de gendarmes et gardes venus encercler leur maison, la frayeur dans le regard de sa mère et la dernière prière du matin juste avant de se faire passer les menottes comme un criminel dit kaaw.

 

La prison et tortures

 

Il se souvient également de la torture, "du supplice du jaguar" et de cette matraque qui s´abattait sur les plantes de ses pieds quand, immobilisé par des barres de fer, recroquevillé sur lui même et retourné la tête en bas, le sang lui giclait des yeux. Pendant une semaine d´interrogatoire : "ils voulaient que l´on avoue avoir porté atteinte à la sûreté de l´Etat et être membres d´une organisation terroriste. Nous étions enfermés dans le noir. A plusieurs dizaines dans une petite cellule. Sans aucun sanitaire, sans aucune fenêtre. On manquait d´air. A la limite on était content de se faire interroger dans la salle de torture parce que l´on pouvait voir la lumière du jour et respirer un peu". Suivront un mois de détention et un simulacre de procès sans avocats. "parfois nos geôliers versaient du sable dans nos repas ou de l´eau pour dire que nous n´étions que des sales nègres et esclaves".

 

Les plus influents prirent quatre, cinq ans voire plus avant d´être transférés plus tard dans l´enfer de Oualata. Cet ancien fort colonial devenu prison-sanctuaire, trônant au milieu du désert où le climat, les travaux forcés et les constantes brimades des gardiens viennent à bout des convictions les plus coriaces. Quelques noms Djigo Tafsir ancien ministre, Ten Youssouf Guéye, ancien ambassadeur de Mauritanie à L´ONU y ont laissé la vie. Bénéficiant de son jeune âge, cette épreuve a été épargnée à Kaaw le plus jeune prisonnier politique mauritanien à l´époque. Pour lui , ce sera la prison civile de Kaédi dans le Sud pour 6 mois fermes. Mais il lui en fallait beaucoup plus pour renoncer, car dès sa sortie il remet ca en dirigeant des nouvelles manifestations contre l´exécution de 3 officiers noirs en décembre 1987. De nouveau recherché, il s´enfuit à temps cette fois, et se rend au Sénégal, son oncle maternel qui était son tuteur à Kaëdi sera arrêté et pris en otage pendant un mois avant qu´ il ne soit liberé plus tard suite aux interventions des notabilités de la région: " je me suis rendu compte que la lutte pouvait être aussi plus efficace à l´extérieur du pays même si je ne voulais pas quitter mon pays, laisser ma famille, mes amis mais il le fallait parce qu´en prison on ne pouvait pas déranger le régime".

 

Exil au Sénégal

 

Il rejoint ses camarades qui avaient échappé à la répression de 1986 et continue avec eux la lutte et à mobiliser autour de l´apartheïd mauritanien. Présentes en Afrique, aux Etats-Unis, en France et même en Scandinavie, les FLAM en un peu de temps ont réussi à cristalliser l´opinion internationale sur les questions des droits de l´homme en Mauritanie. Human rights watch, Amnesty international, la FIDH et autres organisations humanitaires suivent la cause à la loupe et la Mauritanie était sur le banc des accusés dans tous les rapports des organisations des droits humains. Et Kaaw et ses camarades arrivent depuis Dakar, à plaider efficacement la cause à l´étranger. A Dakar, certains partis politiques leur ont fait part leur soutien et les invitent à leurs différentes manifestations et congrés. Mais diplomatie oblige, les manifestations, les colloques et les interventions de Kaaw dans les médias nationaux et internationaux sont ponctués de discrets mais fermes rappels à l´ordre des autorités sénégalaises c´est ainsi en juillet 1999 après avoir echappé de justesse à une extradition et au kidnapping, grâce à l´intervention des autorités des Nations unies(HCR) Kaaw obtient l´asile politique en Suède. Les Etats-Unis et la Suède lui offrent l´asile mais pour des raisons stratégiques et politiques Kaaw Choisit la destination de notre pays : " Aux Etats-unis nous avions déjà làbas des militants et qui mobilisaient bien l´opinion américaine à travers un réseau d´amis il nous fallait aussi des représentants dans les pays du Nord pour faire connaitre notre cause dans cette partie de l´Europe" explique le porte-parole des FLAM.

 

Deuxième exil

 

Tout n´était pas facile au début pour lui, la langue, la culture et le climat, tout était différent mais c´est dans l´épreuve que retrouve le grand miltant ses forces et sa détérmination ainsi donc il commence ses contacts politiques et avec le soutien de la Fondation du premier ministre Olof Palm qui organise des rencontres avec les partis politiques, les associations des droits humains, des membres de la société civile, la presse nationale, Kaaw intégre le milieu politique suédois. Très chaleureux et au contact facile le message passe vite et Kaaw noue des contacts avec la classe politique et la société civile. Des tournées, des exposés et des conférences sur la Mauritanie sont organisées dans les lycées, colléges et universités pour attirer l´opinion sur le racisme et l´esclavage en Mauritanie. C´est dans cette campagne qu´il rencontre la réalisatrice Helen Aastrup qui voulait faire un film documentaire sur lui, qu´il arrivera à convaincre de voyager en Mauritanie pour faire un film sur l´esclavage dans ce pays. Avec des amis flamistes exilés au Danmark ils préparent ce voyage en donnant toute la littérature sur l´esclavage en Mauritanie et les contacts de SOS-Esclaves une organisation mauritanienne qui lutte pour la libération et l´émancipation des esclaves. Ce travail donnera le film "NÉ ESCLAVE", qui verra jour avec l´appui d´ Amnesty international. Ce film sera projeté dans plusieurs pays et fera objet des débats houleux aux USA et en Europe entre les partisans et les adversaires du régime déchu. Parallélement il crée un site internet FLAMNET pour son organisation, des informations et des débats sur la Mauritanie y sont livrés et le forum devient le répére et le lieu d´échange de tous les exilés politiques mauritaniens."Le site me prend tout mon temps, je me reveille à 6 heures du matin et me couche à 1heure ou 2 heures parfois pour me permettre de modérer les messages, heureusement qu´avec mon ordinateur portable ou avec mon téléphone mobil je peux me connecter à tout temps et à tout lieu sur le site". Ce qui fait l´exception du forum flamnet c´est qu´il compte parmi ses abonnés des chercheurs, des journalistes, des diplomates, des hommes politiques, des jeunes mauritaniens avertis et d´autres militants panafricanistes et des droits humains dans le monde. Le site compte des milliers de visiteurs par jour sans compter les 800 abonnés du forum qui recoivent les messages du forum directement dans leurs boites électroniques au quotidien.

 

L´espoir

 

En aout 2005 l´ancien dicateur est renversé par ses anciens lieutenants mais Kaaw et ses amis flamistes ne sont pas convaincus de la volonté réelle du changement de l´ancien directeur de la sûreté de la Mauritanie qui dirige la nouvelle junte. Les FLAM décident de se mettre en marge du processus de la transition pour voir plus clair sur les vraies intentions du nouveau régime. Acculé´par l´opinion internationale la junte au pouvoir organise des eléctions après 2 ans de "gestion calamiteuse et de détournements des deniers publics" dira Kaaw Touré. Le Seul actif de la junte qu´on peut juger positif c´est l´organisation des élections mais tout le reste est nul, le chef du CMJD était arrogrant et méprisait les victimes du régime raciste, ils partent en laissant les caisses de l´état complétement vides". Un nouveau président est élu sans contestation. "Nous ne pouvons être plus royalistes que le roi si les candidats eux-mêmes ont reconnu leur défaite et la transparence des élections nous ne pouvons que prendre acte".

Aujourd´hui Kaaw et beaucoup de ses amis restent optimistes à l avenir mais toujours prudents parce que comme il dit en politique il ne faut jamais faire confiance en personne. "Nous sommes le seul mouvement politique qui n´a jamais collaboré de près ou de loin avec le système, tout ce qui nous intéresse c´est la justice, ni les strapontins ni les honneurs ne sont nos préoccupations" dira t-il avec un ton très sérieux. Il voit l´avenir des FLAM avec optimisme au pays même s´il faut s´attendre à tous les coups parce que les "FLAM dérangent aussi bien le système que certains partis de l´opposition" c´est pourquoi il faut préparer le retour sans précipitation et "mettre tous les moyens et atouts de notre côté, la bataille sera rude il ne faut pas se faire d´illusions". Kaaw a beaucoup de projets en tête pour son mouvement, " en plus du site internet il nous faut un journal régulier, une radio et pourquoi pas une TV? Il faut conscientiser notre peuple et contrer la campagne de nos adversaires, la bataille de communication est très importante dans cette lutte."

 

Le mal du pays

 

A quand le retour de Kaaw et des FLAM au pays?(..)

Le pays lui manque beaucoup et il regrette déjà de ne pouvoir revoir certains parents, amis et proches qui ont quitté ce monde et qu´il ne pourra plus revoir "mais la première chose que je ferai une fois rentré au pays c´est d´aller me recueillir sur leurs tombes". Le retour au pays c´est aussi les retrouvailles avec la famille et des amis d´enfance qu´il n´a pas vu depuis des décennies et surtout il évoque avec nostalgie son village natal qu´il parle avec amour et passion.

 

Le retour au pays natal est le souhait de chaque exilé dira t-il mais la Suède est devenue sa seconde patrie où il compte beaucoup d´amis et des camarades, un pays qui l´a accueilli et adopté lorsqu´il fut rejeté par son propre pays , la séparation sera difficile parce que le coeur est déjà partagé. "ne pas pouvoir voir son pays , est ce qu´il y a de pire pour un homme mais tant qu´il y a vie il y a toujours espoir", déclare-t-il et Kaaw nous dit avec fierté qu´il ne regrette rien de son parcours militant et s´il faut tenir encore des années ou donner sa vie pour cette cause il le fera avec plaisir. Son souhait le plus ardent est de voir un jour les fils de son pays reconciliés, arabes et négro-africains vivre en harmonie et en paix dans la justice et l´égalité. Tout est possible il suffit seulement de la volonté politique parce que les deux communautés ont beaucoup en commun et surtout cette diversité culturelle qui devait faire sa fierté. En attendant que ce rêve se réalise Kaaw nous dit avec un coup de poignée levé, la lutte doit continuer.

 

 

A. Carringhton et J. Andersson.

 

 

SOURCE:  Le Baromètre -(quotidien suédois).

 

www.flamnet.info

 

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 20:59

- le 23 Novembre 1990

Onze ans et demi de thatchérisme s'achèvent sur l'image d'une économie en déroute.

Onze ans et demi de thatchérisme s'achèvent sur l'image d'une économie en déroute. Emploi, rien ne va plus. On recense officiellement 1,7 millions de chômeurs. Le chiffre réel de sans-emploi atteindrait en réalité 2,5 millions de personnes. En août dernier, la hausse des prix a passé la barre des 10%, un niveau encore jamais atteint depuis le règne de Maggie. Le déficit commercial a des allures de gouffre: 20,3 milliards de livres en 1989 (quelques 200 milliards de francs), c'est à dire quatre fois le déficit français.


Nos voisins britanniques ont vécu leurs années Reagan. Margaret Thatcher a suivi, en matière de politique économique, les traces de son cousin d'Amérique et écrasé le peuple britannique. Sous son gouvernement, la tranche de 1% des plus hauts revenus a connu une amélioration de son niveau de vie de 70%, tandis que les 10% de britanniques les plus pauvres gagnaient moins de 15%. Entre 1976 et 1981, 3,2 millions d'emplois industriels ont été supprimés. Pour prévenir tout risque d'explosion sociale, Miss Maggie, en brisant les reins des syndicats, a bien mérité de son surnom de Dame de Fer.


Pas plus que la prétendue réussite des années 1980, la récession qui se profile depuis deux ans ne tient du miracle. Margaret Thatcher a procédé à une retructuration à la hache de l'économie britannique. Les privatisations massives et précipitées - elles ont concerné tous les plus grands secteurs de l'économie: automobile, chimie, aéronautique, industrie pétrolière, transport aérien, sidérurgie, gaz, eau - ont provoqué une surchauffe économique et financière. Les profits ont explosé et la City a connu un regain de son activité déjà intense.


Depuis deux ans, ce que d'aucuns ont baptisé «revers» se sont multipliés. Il s'agit en fait d'un véritable échec. Entre 1988 et 1990, la croissance a régressé de 4,5 à 1,6 %. La vague de privatisations a provoqué une entrée en force du capital étranger, tandis que les entreprises multipliaient les achats à l'étranger. Le peuple britannique a assisté à la mise aux enchères de son industrie: Vauxhall est passé sous la coupe de général Motors, Jaguar de Ford, ICL sous celle de Fusjitsu, les principaux prédateurs étant les Etats-Unis, le Japon et dans une moindre mesure la RFA. La crise a gagné la Bourse, secouée depuis 1988 par de multiples «affaires». L'argent coûte très cher sur la place anglaise, où pour lutter contre l'inflation, le pouvoir a relevé les taux d'intérêts à 15%.

Crise économique et crise financière pèsent lourd sur le dos des salariés. Le service public est en ruine. Le mécontentement grandit et des luttes sont menées contre les dernières mesures terriblement impopulaires, Poll Tax ou privatisation des services les plus sensibles (eau, électricité). La pression populaire a sans aucun doute contribué à la démission de Margaret Thatcher.


Mais la Dame de Fer quitte aussi le 10 Downing Street sous la pression non dissimulée de ses alliés d'hier. L'annonce de sa décision a provoqué hier une envolée boursière. Un récent sondage du «Financial Times» montrait que deux patrons sur trois souhaitaient le départ du Premier Ministre avant 1992. Une échéance révélatrice s'il en est: avec la fin de l'ère Thatcher, la Grande-Bretagne manifeste son choix, non pas de l'Europe - ce choix est le sien depuis longtemps - mais de l'intégration. Confrontés à de graves difficultés, les capitalistes britanniques l'identifient à une porte de sortie. L'entrée de la livre dans le système monétaire européen en octobre dernier manifeste leur volonté de tenter désormais de tirer tout le parti possible du marché unique financier. Maggie symbolise trop la précédente période pour ne pas faire les frais de ce revirement.


L'onde de choc du virage britannique va faire trembler la CEE. Sur le champ de bataille des OPA et des concentrations, c'est l'émergence d'un nouvel acteur. Contredira-t-il l'écrasant leadership allemand? En tout état de cause le choc sera fort, étant donné l'ampleur de la pénétration nord-américaine et nipponne dans l'économie britannique. Albion peut devenir un formidable cheval de Troie.

 

 



Sophie Salsac

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 20:56

Monde - le 8 Avril 2013

Mort de Margaret Thatcher: un œillet rouge pour Bobby Sands

C'était ça, aussi, Margaret Thatcher:une Dame de fer capable de laisser mourir en prison, après soixante-six jours de grève de la faim, Bobby Sands, militant de l’IRA provisoire de 27 ans, qui venait d’être élu député à la Chambre des communes du Royaume-Uni. Rappel.


Il y a trente ans deux ans, le 5 mai 1981, au terme de soixante-six jours de grève de la faim, mourait Bobby Sands, en Irlande du Nord, dans la prison de Maze. Cette prison, installée sur l’ancienne base de la Royale Air force nommée Long Kesh, fut d’abord un lieu de détention où l’armée britannique pouvait enfermer sans procès tout opposant à sa présence. Ainsi, en 1971, lors de l’opération «Démetrius», 450 hommes des quartiers catholiques de Belfast y furent parqués dans les H Blocks, des bâtiments en forme de H, dans des conditions très rudes. Bobby Sands avait vingt-sept ans. Après lui, dans les jours qui suivirent, moururent neuf autres prisonniers politiques qui, à son exemple, menèrent jusqu’au bout leur mouvement de protestation.

La mort de Bobby Sands et de ses camarades provoqua une vague d’émeutes dans la population catholique irlandaise et ses funérailles furent suivies par 100 000 personnes. En France, même parmi ceux qui ne partageaient pas la stratégie et la tactique de l’IRA, la nouvelle suscita une très vive émotion.

Enfant de la classe ouvrière

Originaire d’une famille modeste de Newtownabbey, Bobby Sands avait quitté l’école tôt pour faire un apprentissage en carrosserie. «J’étais seulement un enfant de la classe ouvrière d’un ghetto nationaliste, écrit-il dans l’un de ses textes de prison. Mais c’est la répression qui a fait naître en moi l’esprit révolutionnaire de liberté.» En 1972, à dix-huit ans, il avait rejoint l’IRA provisoire dont il était devenu un militant. La même année, des loyalistes (protestants favorables à la couronne d’Angleterre) obligèrent sa famille à quitter leur logement et à partir s’installer dans un autre quartier, à Twinbrook, dans l’ouest de Belfast. Une première fois, en 1972, Bobby fut condamné à quatre ans de prison pour détention d’armes à feu. Quelque temps après sa libération, en 1976, il se fit à nouveau arrêter, avec plusieurs de ses camarades, dans une voiture, après une fusillade avec la police royale d’Ulster et fut condamné à quatorze ans de prison

En prison, Bobby Sands se retrouva bientôt officier commandant des membres de l’IRA et il contribua à relancer la lutte pour que leur soit reconnu le statut de prisonniers politiques, pour que soit mis fin aux mauvais traitements (passages à tabac et humiliations étaient monnaie courante de la part des gardiens), pour le droit de recevoir des visites et le droit de porter des vêtements civils. Devant la fin de non-recevoir obstinée opposée par les autorités anglaises, les prisonniers menèrent d’abord ce qu’on appela le «Blanket protest». Refusant de porter l’uniforme des détenus, 300 d’entre eux décidèrent de rester en permanence nus ou seulement enveloppés d’une couverture, malgré le froid qui régnait dans la prison.

Dirty protest

Puis, ils durcirent leur mouvement. Ce fut le «Dirty protest» ou le «No wash protest» qui consista pour les prisonniers à refuser de se laver et même à étaler leurs excréments sur les murs… Thatcher continuant à faire la sourde oreille, ils décidèrent alors d’engager les uns après les autres la grève de la faim de telle manière que, si l’un d’entre eux mourait, le relais soit pris par ses camarades. Mais la «Dame de fer» refusa de se laisser fléchir… Ce mouvement suscita un grand écho. (En tous temps et en tous lieux, le martyre est une forme de lutte. Évidemment particulièrement efficace dans des pays où les sentiments religieux sont forts (comme hier dans l’Irlande catholique ou aujourd’hui dans le monde musulman). Mais cela vaut aussi pour ceux qui ont fait le choix de Prométhée, cette « religion » ou, en tout cas, cette foi en l’homme qu’est le communisme. Il suffit de penser à la force des exemples de Rosa Luxemburg ou Che Guevara…)

Prisonnier et candidat

En avril 1981, après le décès d’un de leurs députés, les républicains présentèrent le prisonnier de Long Kesh aux élections législatives partielles. Et Bobby Sands fut élu. Ce qui conduira le gouvernement Thatcher à modifier la loi pour interdire à des prisonniers d’être candidats. L’intransigeance dont fit preuve madame Thatcher pendant la grève de la faim et le cynisme qu’elle exprima ensuite («Il a choisi de s’ôter la vie, a-t-elle déclaré. C’est un choix que son organisation ne laisse pas à beaucoup de ses victimes.») ne furent pas pour rien dans l’émotion qui suivit sa mort.

Mais la détermination de Bobby Sands et de ses compagnons, ainsi que la force de leur conviction furent aussi pour beaucoup dans le mouvement de sympathie qui se leva. À certains égards, Bobby Sands n’était pas seulement une victime du système carcéral britannique, mais un combattant dont on pouvait comprendre et partager la cause. «Je n’arrêterai pas, avait-il écrit, tant que l’Irlande ne sera pas devenue une République, indépendante et socialiste.»

Vaincu dans la vie, Bobby Sands remportait dans la mort une victoire morale et devenait un martyr de la liberté.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 21:17

Monde - le 31 Mars 2013

Mali: la France suit de près le processus politique à Bamako

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a salué ce dimanche comme une "étape importante" les premières nominations intervenues la veille à la tête de la commission pour le dialogue et la réconciliation au Mali, et a annoncé qu'il se rendrait vendredi à Bamako.


Même si François Hollande a affirmé jeudi soir sur France 2 que "le temps où la France désignait les chefs de l’Etat en Afrique est révolu", Paris suit de très près le processus politique en cours au Mali. Car le président français a donné sa feuille de route à Bamako: "Il y aura des élections à la fin de juillet. Nous serons intraitables sur le sujet", a-t-il expliqué lors de son intervention télévisée.


Laurent Fabius a donc été très attentif aux nominations du président et des deux vice-présidents de la Commission dialogue et réconciliation (CDR) récemment créée, par le président malien par intérim, Dioncounda Traoré. Et l'a fait savoir ce dimanche. "C'est une étape importante vers la réconciliation politique", juge le chef de la diplomatie française dans un communiqué. "Ce processus constitue, avec les élections, le complément indispensable de l'action de la communauté internationale pour la sécurité et le développement du Mali. Je me rendrai vendredi prochain à Bamako pour rencontrer les principaux responsables de la transition", ajoute-t-il.

 

Dialogue et réconciliation

Selon le gouvernement malien, la CDR, qui sera composée de 30 membres, a pour mission de:

  • "rechercher, par le dialogue, la réconciliation entre toutes les communautés maliennes"
  • "recenser les forces politiques et sociales concernées par le processus de dialogue de réconciliation" dans ce pays déchiré par des attaques contre l'armée entre janvier et mars 2012, suivies d'une occupation pendant plusieurs mois du vaste Nord par des groupes armés incluant rebelles touareg et jihadistes. Les jihadistes avaient fini par évincer leurs ex-alliés rebelles touareg des zones sous leur contrôle.

La réconciliation entre toutes les communautés maliennes  n'ira pas de soi au vu du nouvel attentat suicide et d'une tentative d'infiltration des djihadistes qui ont affronté dimanche des soldats maliens et français à Tombouctou. Au moins trois jihadistes ont été tués en moins de 24 heures dans cette ville historique du nord du Mali: le kamikaze auteur de l'attentat suicide qui n'a pas fait d'autre victime, ainsi que deux combattants islamistes.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 21:07

 

Monde - le 31 Mars 2013

Le Forum mondial social condamne l'austérité

Le Forum social mondial (FSM) s'est achevé ce samedi à Tunis. Dans sa déclaration finale, l'assemblée des mouvements sociaux a dénoncé l'austérité et les traités néo-libéraux qui "qui non seulement aggrave le problème, mais débouche sur la marchandisation, la privatisation et la financiarisation de la vie et de la nature".

Nous publions ici la déclaration intégralement:


>>> A consulter tous nos articles consacrés au FSM

"Nous, réunies et réunis lors de l’Assemblée des mouvements sociaux du Forum social mondial 2013 à Tunis affirmons l’apport capital des peuples du Maghreb-Mashrek (du Nord d’Afrique jusq’au Moyen Orient) dans la construction de la civilisation humaine. Nous affirmons que la décolonisation des peuples opprimés reste pour nous, mouvements sociaux du monde entier, un grand défi à relever. Au sein du processus FSM, l’Assemblée des mouvements sociaux est l’espace où nous nous réunissons avec notre diversité, pour construire nos agendas et luttes communes contre le capitalisme, le patriarcat, le racisme et toute forme de discrimination et d’oppression. Nous avons construit une histoire et un travail communs qui a permis certaines avancées, notamment en Amérique latine, où nous avons réussi à freiner des alliances néo-libérales et concrétiser plusieurs alternatives pour un développement socialement juste et respectueux de la nature.


Ensemble, les peuples de tous les continents mènent des luttes pour s’opposer avec la plus grande énergie à la domination du capital, cachée derrière des promesses de progrès économique et d’apparente stabilité politique.


Maintenant, nous nous trouvons dans un carrefour où les forces conservatrices et retrogrades veulent arrêter les processus initiés il y a deux années soulèvement populaire dans la région du Maghreb-Mashrek qui a permis de faire chutter des dictatures et contester le systeme neoliberale imposé aux peuples. Ces soulevements si sont étendus à tous les continents du monde en generant de procesus d’indignation et d occupation des places publiques.


Les peuples du monde entier subissent aujourd’hui l’aggravation d’une crise profonde du capitalisme dans laquelle ses agents (banques, transnationales, conglomérats médiatiques, institutions internationales et tous les gouvernements complices avec le neoliberalisme) cherchent à accroître leurs bénéfices au prix d’une politique interventionniste et néo-colonialiste. Guerres, occupations militaires, traités néo-libéraux de libre-échange et «mesures d’austérité» se voient traduits en paquets économiques qui privatisent les biens communes et les services publiques, baissent les salaires, réduisent les droits, augmentent le chômage, augmentent la surcharge des femmes dans le travail de soins et détruissent la nature.


Ces politiques affectent lourdement les pays riches du Nord, augmentent les migrations, les déplacements forcés, les délogements, l’endettement et les inégalités sociales comme en Grece, Chypre, Portugal, Italie, Irlande et dans l´Etat Espagnol. Elles renforcent le conservatisme et le controle sur le corps et la vie des femmes. En outre, ils tentent de nous imposer «l’économie verte» comme solution à la crise environnementale et alimentaire, ce qui non seulement aggrave le problème, mais débouche sur la marchandisation, la privatisation et la financiarisation de la vie et de la nature.

Nous denonçons l´intensification de la répression aux peuples rebelles, l'assassinat des leaderships des mouvements sociaux, la criminalisation de nos luttes et de nos propositions.

Nous affirmons que les peuples ne doivent pas payer pour cette crise et qu’il n’y a pas d’issue possible au sein du système capitaliste. Ici, à Tunis, nous réaffirmons notre engagement avec la construction d’une stratégie commune de lutte contre le capitalisme. C’est pour ça qui, nous, les mouvements sociaux luttons:

  • Contre les transnationales et le système financier (FMI, BM et OMC), principaux agents du système capitaliste, qui privatisent la vie, les services publics et les biens communs comme l’eau, l’air, la terre, les semences, les ressources minérales, promeuvent les guerres et les violations du droit humain. Les transnationales reproduisent des pratiques extractivistes nuisibles à la vie, accaparent nos terres et développent des semences et aliments transgéniques qui privent les peuples de leur droit à l’alimentation et détruisent la biodiversité.

 

  • Nous luttons pour l´annulation de la dette illégitime et odieuse qui est aujourd´hui un instrument global de domination, de répression et d´asphyxie económique et financière des peuples. Nous refusons les accords de libre-échange que nous imposent les États et les transnationales et nous affirmons qu’il est possible de construire une mondialisation d’un autre type, par les peuples et pour les peuples, fondée sur la solidarité et sur la liberté de circulation pour tous les êtres humains.

 

  • Pour la justice climatique et la souveraineté alimentaire parce que nous savons que le réchauffement global est un résultat du système capitaliste de production, distribution et consommation. Les transnationales, les institutions financières internationales et les gouvernements qui sont à leur service ne veulent pas réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Nous dénonçons l´ « économie vert », et refusons les fausses solutions à la crise climatique comme les agrocarburants, les organismes génétiquement modifiés, la géo-ingénierie et les mécanismes de marché de carbone, comme le REDD (Réduction des Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation), qui font miroiter aux populations appauvries des progrès, tout en privatisant et transformant en marchandises les forêts et territoires où ces populations ont vécu pendant des millénaires. Nous défendons la souveraineté alimentaire et l’agriculture paysanne qui est une solution réelle à la crise alimentaire et climatique et signifie aussi l’accès à la terre pour celles et ceux qui la travaillent. Pour cela, nous appelons à une grande mobilisation pour stopper l’accaparement des terres et soutenir les luttes paysannes locales.

 

  • Contre la violence envers les femmes qui est exercée régulièrement dans les territoires occupés militairement, mais aussi contre la violence dont souffrent les femmes quand elles sont criminalisées parce qu’elles participent activement aux luttes sociales. Nous luttons contre la violence domestique et sexuelle qui est exercée sur elles quand elles sont considérées comme des objets ou marchandises, quand leur souveraineté sur leur corps et leur spiritualité n’est pas reconnue. Nous luttons contre la traite des femmes, des filles et garçons. Nous défendons la diversité sexuelle, le droit à l’autodétermination du genre, et nous luttons contre l’homophobie et les violences sexistes.

 

  • Pour la paix et contre la guerre, le colonialisme, les occupations et la militarisation de nos territoires. Nous dénonçons le faux discours de défense des droits humains et de combat aux integrismes, qui souvent sont utilisés pour justifier l´interventions militaires comme au Haiti, Libye, Mali et Syrie. Nous defendons le droit à la souveraineté e à l’auto-détermination des peuples comme dans la Palestine, le Sahara Occidental et le Kurdistan. Nous denonçons l’installation des bases militaires étrangères pour fomenter des conflits, contrôler et piller les ressources naturelles et promouvoir des dictatures en divers endroits du monde. Nous luttons pour la liberté de nous organiser dans des syndicats, des mouvements sociaux, des associations et toutes autres formes de resistance pacifique. Renforçons nos instruments de solidarité entre les peuples comme le boycott, désinvestissement et sanctions contre Israel et la lutte contre l’OTAN et pour l’élimination de toutes les armes nucléaires.

 

  • Pour la démocratisation des médias de masse et la construction de médias alternatifs, qui sont fondamentales pour faire renverser la logique capitaliste.

Inspirés par l’histoire de nos luttes et par la force rénovatrice des peuples dans les rues, l’Assemblée des mouvements sociaux appelle tous et toutes à développer des actions de mobilisation coordonnées au niveau mondial dans une journée global de mobilisation le XXXXX (date à definir). Mouvements sociaux du monde entier, avançons vers une unité globale pour défaire le système capitaliste! Assez d´explotation, assez de patriarcat, de racisme et colonialisme ! Vive la revolution ! Vive la lutte de tous les peuples !

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 19:41

Chaque minute, chaque jour, des armes à feu tuent des mères, des enfants, des amis. Aujourd’hui, la communauté internationale entre dans la dernière ligne droite pour parvenir à un accord sur l’interdiction des ventes d’armes aux pays qui commettent des génocides ou des crimes de guerre. Mais alors qu’il ne reste que 24 heures, la France s'oppose à l'accord.

Il existe des réglementations commerciales pour tout et n’importe quoi, des pommes aux lecteurs mp3, mais pas pour les ventes d’armes. La plupart des pays soutiennent un accord fort pour l’interdiction des ventes d’armes aux despotes, aux enfants soldats et aux mafias de la drogue. Mais la France couvre en toute discrétion les États-Unis, qui veulent truffer l’accord de failles. Nous vous le confions en exclusivité: nous avons commandé un sondage d’opinion qui révèle que 85 % des sondés en France veulent une régulation. Si nous déclenchons une mobilisation massive en France aujourd’hui, nous pourrons obliger le président François Hollande à changer ses allégeances.

Il ne reste que 24 heures avant la fin des négociations. Cliquez pour agir. Submergeons François Hollande avec nos e-mails, messages Facebook, tweets et appels maintenant et demandons-lui d’arrêter le commerce du meurtre.

http://www.avaaz.org/fr/stop_the_killing_trade_action_center_fr/?btSsgab&v=23450

Les fusils et les munitions sont un produit à part: ils ne servent qu'à tuer. Pourtant, il n’existe aucune réglementation mondiale concernant les ventes d’armes. C'est insensé: nos pays peuvent fournir sans limite les tyrans et seigneurs de guerre. Nous ne pouvons plus attendre. Ce traité sur le commerce des armes est crucial.

Mais à l'heure actuelle, les marchands de mort aux États-Unis, en Chine et en Russie dictent les termes du contrat. Ils veulent ajouter des failles béantes: réguler les armes... mais pas leurs balles, ou autoriser le don d’armes aux régimes autoritaires en cadeau! Le reste du monde soutient un traité ambitieux qui régule les armes et les munitions, interdit les ventes aux régimes qui utilisent les armes contre leur population, et exige des pays une transparence totale sur l’identité de leurs clients.

Le sort de ce traité ambitieux est entre les mains du président François Hollande. Rappelons-nous qu’il veut tout à la fois protéger sa réputation et l'image progressiste de la France à l'étranger. Si nous obtenons que la France abandonne sa politique de blocage des négociations, nous mettrons les États-Unis sous le feu des projecteurs et nous isolerons les régimes autoritaires. Quelques pays ne signeront pas le traité, mais il est décisif d’obtenir un traité ambitieux cette semaine plutôt que de céder à leurs demandes insensées. Cliquez ici pour vous joindre à cet appel et faites-le suivre à tous avant qu'il ne soit trop tard:

http://www.avaaz.org/fr/stop_the_killing_trade_action_center_fr/?btSsgab&v=23450

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 20:20

Image extraite du film "No" du Chilien Pablo Larrain, relatant la campagne électorale du «non» au référendum de 1988 au Chili qui a chassé du pouvoir le dictateur Augusto Pinochet

Monde - le 22 Mars 2013

Les Indiens Mapuches, résistants depuis la nuit des temps.

Chronique du festival latino-américain, CulturAmerica, par Jean Ortiz.  La 21ème édition du festival de Pau, dont l'Humanité est partenaire, a lieu jusqu'au 6 avril. Véritable laboratoire latino-américain, CulturAmerica propose deux temps forts : le Chili, 40 ans après la mort d'Allende et la marche des pays en révolution sous l'ombre de la mort d'Hugo Chavez. Retrouvez pendant toute la quinzaine, les chroniques de l'universitaire Jean Ortiz, ancien président du festival.


  Il trouve les Pyrénées "petites", malgré l'effet de foehn et l'enneigement. Mais elles sont plus "découpées" que "notre Cordillère". Alihuén Antileo est Mapuche. A chacun ses sommets. Il se définit d'abord comme Mapuche, et ensuite comme Chilien. Les Mapuches sont un "peuple premier" qui vivait avant l'arrivée des Espagnols sur une vaste zone à cheval sur ce que sont aujourd'hui l'Argentine et le Chili. Les Espagnols les appelaient les "Araucas".


Eux sont les "gens de cette terre" (mapu = terre, et che= gens). Leur résistance remonte à la nuit des temps. Ils refusèrent le joug inca, puis celui de l'Espagne. Et ce, malgré une situation particulière, ils sont le seul peuple d'Amérique à qui la couronne d'Espagne accorda souveraineté et reconnaissance en tant que nation. 15 décrets en attestent, que le colonisateur respecta peu.
Lorsque naquit la République indépendante du Chili en 1810, une partie des Mapuches s'accrocha à ses frontières historiques.


Alihuén, c'est en langue indigène mapuche, le "vieux chêne centenaire et solitaire"; mais aussi dans les régions côtières, "la nouvelle aurore". Antileo signifie "le mouvement et l'éclat du soleil".

42% des Mapuches résident aujourd'hui à Santiago, 27% à Temuco, 20% à Conception. Au total, 1 500 000 personnes, contre 250 000 en Argentine. A l'intérieur du pays, 20% d'entre eux vivent en communauté et gardent leur organisation traditionnelle. Ils sont soumis à une répression permanente de la part de l'Etat et des multinationales. Le plus souvent chassés de leurs terres.


Le gouvernement de Salvador Allende, dans le cadre de la réforme agraire, leur attribua 200 000 hectares de terre, que Pinochet s'empressa de récupérer. Les conflits actuels, d'une dureté insupportable, et dans le silence médiatique général, en sont la conséquence. Les communautés en lutte sont militarisées et subissent les exactions des "forces spéciales de carabiniers". Une vingtaine de prisonniers politiques restent emprisonnés; la torture est fréquente. Les "Combattants" Mapuches, comme ils se définissent eux-mêmes, ont réalisé 8 grèves de la faim, de 60 à 80 jours. Ils revendiquent leur droit à l'autodétermination, l'autonomie et la récupération de leurs terres, davantage de représentation parlementaire. Les courants qui prônent l'indépendance sont très minoritaires.


La nation Mapuche existe depuis 8 000 ans, mais n'a jamais eu d'Etat. Les communautés vivent dans la pauvreté; et en ville, les Mapuches occupent les emplois les moins qualifiés. Le gouvernement de Michèle Bachelet n'a rien changé; celui de Piñera a cogné sans merci.

Le parti communiste du Chili considère que la solution du problème Mapuche passe par un changement du modèle économique néolibéral, et par des réformes "pour tout le Chili".
Les gouvernements successifs ont appliqué aux Mapuches la loi 18 134, loi anti-terroriste de Pinochet, encore en vigueur.


Pour , le problème Mapuche ne peut rester à l'écart de la campagne des prochaines élections présidentielles (en novembre). Il en va pour lui "d'un symbole", d'un marqueur de tout changement véritable.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 19:19

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 20:47



HUGO CHAVEZ, LA MORT D’UN GRAND

Xavier Calmettes
Collaborateur de la revue Recherches internationales

Le Venezuela enterre aujourd’hui l’un des dirigeants les plus marquants de ce début de XXIème siècle. L’homme a monopolisé le débat politique vénézuélien et latino-américain durant plus de 20 ans. Détesté par les élites, adulé par les classes défavorisées, Hugo Chávez ne laissait personne indifférent. Son parcours personnel a contribué à forger le mythe.

Un parcours mouvementé

Né dans une famille de l’État de Barinas, il intègre les forces armées, gravit les échelons de la hiérarchie militaire et devient lieutenant-colonel. Admirateur de Simón Bolivar, le libérateur de la grande Colombie du joug espagnol, il crée le Mouvement Bolivarien 200 au sein des forces armées en 1983. Ce mouvement d’inspiration nationaliste aurait très certainement été voué à l’anonymat, s’il n’était pas né en même temps qu’une profonde crise économique, sociale, et politique. Incapables de résoudre les problèmes économiques de la société vénézuélienne, les élites de la IVème République tentent de mettre en place des réformes de caractère néo-libéral qui échouent à relancer l’économie. Les inégalités augmentent, le Venezuela s’appauvrit, le PIB régresse, et le FMI demande la réduction des déficits publics. Le peuple reste fidèle aux deux partis historiques de la IVème République (Acción Democrática et COPEI) jusqu’à ce que Carlos Andrés Pérez (candidat d’Acción Democrática) soit élu Président. Ce dernier promet au cours de la campagne de mener une politique sociale rappelant celle qui avait été la sienne dans les années 70. Cependant, une fois élu, il augmente les taxes, les prix de l’essence et réduit les dépenses sociales. Lorsque ces réformes entrent en vigueur de violentes manifestations et émeutes éclatent dans tout le pays : c’est le caracazo. L’armée est appelée à l’aide, elle tire sur les manifestants et les émeutiers. Le bilan est de 300 morts selon la police, 3000 selon les associations. Hugo Chávez refuse de tirer et prépare un coup d’État contre ce gouvernement qu’il juge désormais illégitime.
Le 4 février 1992, Hugo Chávez se trouve à la tête des troupes rebelles qui tentent de prendre d’assaut le palais présidentiel mais l’insurrection est un échec. Ce dernier assume la responsabilité du revers et déclare que « les objectifs qu’ils s’étaient fixés n’étaient pas atteint, pour le moment ». Il est emprisonné mais, depuis le caracazo, le peuple vénézuélien ne croit plus dans la politique de ses élites. Le « Pour le moment », prononcé par le lieutenant-colonel, devient un signe de ralliement pour tous les opposants de la IVème République. Alors qu’Hugo Chávez purge sa peine pour le soulèvement manqué, Carlos Andrés Pérez est destitué pour corruption. La non participation d’Hugo Chávez au nouveau scrutin n’empêche pas la déroute aux élections présidentielles de 1993 d’Acción Democrática et du COPEI. Le nouveau Président, Rafael Caldera, sous la pression de l’opinion publique, libère Hugo Chávez. Ce dernier incarne alors les espoirs de toute une nouvelle génération de vénézuéliens qui souhaitent le changement.
L’élection de décembre 1998 est un triomphe pour le natif de Banes, avec 56 % des suffrages exprimés au premier tour, Hugo Chávez est élu chef de l’État. L’activité législative et constitutionnelle est intense : en l’espace de deux ans un référendum, une nouvelle constitution et une nouvelle élection présidentielle ont lieu. L’armée est mobilisée pour palier à l’urgence sociale, une réforme agraire est votée pour redistribuer les terres en jachères aux petits paysans, les bénéfices de la compagnie pétrolière nationale redistribués pour parvenir à développer le pays. La gestion du Président Chávez est plébiscitée et ce dernier devient le dirigeant démocratique le mieux élu de ce début de XXIème siècle avec 59,6 % des suffrages exprimés.
Cependant, la gestion de celui-ci ne convient pas à tous. Les patrons vénézuéliens se mettent en grève en décembre 2001, avant de s’engager dans un coup d’État mené le 11 avril 2002. Les chaînes de télévision privées diffusent des images truquées montrant supposément des chavistes tirer sur une manifestation pacifique de l’opposition alors que la chaine publique, la venezolana, aux mains des partisans de Chávez est coupée par l’opposition. Pedro Carmona, dirigeant de la fedecámaras (association regroupant les principales entreprises vénézuéliennes), s’autoproclame Président de la République, abroge la constitution, et destitue Hugo Chávez. Des manifestations de rue éclatent dans tout le pays pour réclamer le retour du Président constitutionnel. Sous la pression des manifestants et d’une partie de l’armée, Pedro Carmona doit se retirer après 48 heures de gouvernement. Le Président légal revient sous les acclamations d’une foule immense qui scande son nom. Pourtant, le mouvement populaire qui permet à Hugo Chávez de revenir au pouvoir est très peu mentionné dans la presse internationale. En effet, l’homme qui est décrit dans les médias, ressemble à un dictateur paranoïaque que le quotidien Libération du 7 décembre 2007 n’hésitera pas à comparer à Mohamad Kadhafi, Bachar Al-Assad, ou Idriss Deby. Si Hugo Chávez est souvent caricaturé pour ses propos tranchants comme lors de son discours à l’ONU du 20 septembre 2006 où il désigne George Bush par le mot « diable », ses propos sont aussi exagérés et déformés par la presse. Ainsi l’antisémitisme supposé du Président vénézuélien tenait dans une phrase tronquée et modifiée d’un discours prononcé le 24 décembre 2005 dans l’État de Miranda.

Un bilan impressionnant

Hugo Chávez, sachant qu’il ne peut pas s’appuyer sur les classes économiques dominantes issues de la IVème République, qui ont tenté de le renverser, mène des réformes structurelles de lutte contre la pauvreté. En l’espace de trois ans, et malgré une grève pétrolière menée par les anciens putschistes au sein de la PDVSA (compagnie pétrolière nationale), Hugo Chávez conduit des réformes sociales majeures. Les missions Robinson, Ribas, Sucre, Barrio Adentro, Vuelvan Caras, Madres del Barrio, apportent éducation, santé, formation professionnelle, et aide alimentaire dans des lieux qui étaient jusque là délaissés par les pouvoirs publics. Trois ans après la grève pétrolière, le taux de mortalité infantile des enfants de moins de 5 ans a été réduit de 22,40 ‰ à 17,03 ‰ (INE, 2011), le taux de pauvreté de 62,1 % à 36,3 % (INE, 2011), et l’analphabétisme est éliminé. Au niveau international des accords de coopération sont mis en place avec d’autres pays latino-américains sur la base de l’échange équitable de ressources. L’Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, l’ALBA, créée en 2004 à l’initiative de Cuba et du Venezuela s’élargit à la Bolivie, au Nicaragua, à l’Équateur, et à quelles îles antillaises. Conséquence de ces succès, le Président est élu au premier tour de l’élection du 3 décembre 2006 avec près de 60 % des suffrages exprimés, un record absolu après 7 ans d’exercice du pouvoir. Rien ne semblait alors pouvoir arrêter la machine électorale chaviste.
Pourtant, le 2 décembre 2007, le Président vénézuélien connaît sa première défaite à un scrutin électoral. Le référendum qui prévoyait de modifier la constitution afin d’établir un régime socialiste et la suppression de la limite du nombre de mandats possibles de briguer pour un Président de la République est refusé par 50,7 % des suffrages exprimés. En novembre 2008, les élections régionales sont une défaite relative pour les forces chavistes regroupées depuis le 9 mars 2008 au sein du PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela). Si les chavistes conservent la majorité des régions, l’opposition en gagne 4. Les prix des produits pétroliers dont le Venezuela reste extrêmement dépendant pour ses ressources financières baissent en raison de la crise économique mondiale. La corruption et les dysfonctionnements de certaines missions entraine une baisse de popularité de son gouvernement.
Hugo Chávez relance alors les programmes de construction sociaux, les missions bolivariennes, et augmente le salaire minimum vénézuélien. L’élection de 2012 montre que malgré la maladie qui le ronge, Hugo Chávez reste extrêmement populaire. La mort du Président vénézuélien laisse un pays marqué par une décennie de transformation sociale et politique que le successeur d’Hugo Chávez devra continuer sans la légitimité historique et charismatique de l’ex-leader bolivarien. Nul doute que l’appel des forces armées et de Nicolás Maduro à l’unité n’est pas étranger à la volonté du PSUV de ne pas voir un parti hétéroclite et réuni par Chávez éclater en plusieurs tendances.
À l’heure où le Venezuela enterre celui qui aura marqué la politique latino-américain depuis près de 14 ans, il est vraisemblable que la figure tutélaire d’Hugo Chávez marquera encore durablement la politique de ce pays dans les prochaines décennies.


Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
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Site : http://www.recherches-internationales.fr/
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